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Humilité et Bienveillance Marc 9 : 33-37 |
Introduction :
L’évangile de Marc rapporte une scène de la vie courante du groupe des disciples. Elle est intéressante à analyser parce qu’elle nous renvoie à nos comportements relationnels...
Jésus est en Galilée avec ses disciples, et ils arrivent à Capernaüm dans une maison, (probablement celle de Pierre comme d’ordinaire). Le contexte immédiat campe le décor. Une profonde faille est actée entre la préoccupation du Maître et celle de ses disciples. Tandis que notre Seigneur est tout entier dans sa mission, les disciples, sont en train de se chamailler. Pourtant, dans les paroles du Christ, aucun reproche ne leur est adressé. Son propos est même bienveillant. Il veut les prévenir de ce qui adviendra au terme de son ministère terrestre. Par contre, eux sont préoccupés de leur personne, et de leur place au sein du groupe des douze. Certains éprouvent un besoin de reconnaissance de leur statut. Au lieu de questionner le Maître sur la révélation importante qu’il vient de leur confier, ils ne s’intéressent qu’à eux. Le décalage entre les disciples et Jésus est trop important. Ils ne peuvent ni entendre, ni comprendre le fond de cette révélation. Contraste révélateur de nos difficultés à saisir la portée des Paroles de vie quand on est centré sur soi ! Position indigente, révélatrice de notre nature humaine. D’emblée, la question peut nous être posée : qu’est-ce qui nous préoccupe le plus honnêtement aujourd’hui ?
Comment le Maître va réagir ? Pour les instruire, une réponse de sa part s’impose.
Développement :
Examinons maintenant le texte de Marc sur notre sujet :
« Ils vinrent à Capharnaüm ; et une fois à la maison, il leur demandait : " De quoi discutiez-vous en chemin ? " Eux se taisaient, car en chemin ils avaient discuté entre eux qui était le plus grand. » Marc 9 : 33-34, version FBJ.
L’évangéliste Matthieu, voulant peut-être atténuer, le côté dérangeant de leur préoccupation « égoïste », déplace le curseur en plaçant dans la bouche des disciples la question suivante : « À ce moment les disciples s'approchèrent de Jésus et dirent : " Qui donc est le plus grand dans le Royaume des Cieux ? " Matthieu 18 : 1, version FBJ.
Observons que l’explication de Marc met l’accent sur les pensées qui agitaient les disciples et non sur leur désir de connaître l’avenir dans le royaume des cieux.
La version araméenne de la Peshittâ, traduite en français, dit : « Il (Jésus) les interrogeait : « que complotiez-vous sur le chemin ?» Marc 9 : 33, version la Peshittâ. Luc corrobore la perception du Seigneur : « Voyant la pensée de leurs cœurs » Luc 9 : 47, version DRB.
Voyant que leur discussion était dévoilée, les apôtres ont dû se sentir tout penauds. C’est la raison pour laquelle, ils ont gardé le silence. Observons que pour Jésus rien ne peut lui être caché. L’apôtre Paul, homme d’expérience, écrira à ce sujet : « Dieu jugera les pensées secrètes des hommes, selon mon Évangile, par le Christ Jésus » Romains 2 : 16, version FBJ. Luc nous rappelle : « Rien, en effet, n'est voilé qui ne sera révélé, rien de caché qui ne sera connu » Luc 12 : 2, version FBJ. Et encore : « Vivante, en effet, est la parole de Dieu, efficace et plus incisive qu'aucun glaive à deux tranchants, elle pénètre jusqu'au point de division de l'âme et de l'esprit, des articulations et des moelles, elle peut juger les sentiments et les pensées du cœur. Aussi n'y a-t-il pas de créature qui reste invisible devant elle, mais tout est nu et découvert aux yeux de Celui à qui nous devons rendre compte » Hébreux 4 : 12-13, version FBJ.
Mais revenons au contexte du moment où le Christ a instruit ses apôtres. Il demeure évident que la notoriété de leur maître en Galilée a dû faire naître des ambitions. Elles sont humaines et compréhensibles. L’apôtre Jean dit qu’une grande foule suivait Jésus parce qu’elle voyait des miracles (cf. Jean 6 : 2). Marc et Matthieu rapportent les deux multiplications des pains qui ont nourri des milliers de personnes. Certains, parmi la foule de suiveurs, vinrent adorer Jésus. Ils disaient :« Tu es véritablement le Fils de Dieu » Matthieu 14 : 33. (Que pouvaient-ils comprendre à cet instant, c’est difficile à dire !). Mais, les disciples ont été témoins de ces merveilles spectaculaires. Comment rester insensible devant une telle liesse populaire !
Pour des gens simples (en majorité pêcheurs au quotidien), cela devait être un honneur d’être disciples de Yéchou’ (Jésus en araméen). Petite précision concernant le texte de Matthieu : Il se peut que la question des disciples rapportée par l’apôtre ait été posée à un autre moment, car la suite démontre que la version de Marc est plus cohérente.
Luc corrobore le propos de Marc. Il nous apprend que le Seigneur sachant qu’elle était « la pensée de leurs cœurs » Luc 9 : 47, a pédagogiquement préparé sa réponse. Il introduit une mise en situation concrète, par une maxime. Elle devait avoir valeur de référence pour tous ceux et celles appelés à le suivre et le servir.
« Alors, s'étant assis, il appela les Douze et leur dit : " Si quelqu'un veut être le premier, il sera le dernier de tous et le serviteur de tous. " Marc. 9 : 35, version FBJ.
Le projet avéré du Seigneur était de former ses disciples afin de les qualifier au vrai service. (Il vivra lui-même ce qu’il énonce jusqu’au terme de son ministère). C’est par ses paroles, mais plus encore par son exemple, que le Christ assume ce qu’il dit. L’apôtre Pierre intégrera bien cette motivation. Quelques années plus tard, il reproduira cette recommandation à l’adresse des chrétiens :
« C’est à cela que vous avez été appelés, car le Christ aussi a souffert pour vous, vous laissant un modèle afin que vous suiviez ses traces » 1 Pierre 2 : 21, version FBJ ; c’est moi qui souligne.
Le ministère de Jésus en Galilée devait transformer leur mutisme (devant la question du Maître), en joie du service. Mais pour arriver à faire comprendre à ses apôtres quelle devait être
la distinction cardinale de leur témoignage, il fallait les interpeler par des paroles et des situations fortes. Cette maxime insiste sur le mot διάκονος = diakonos. Dans le Nouveau Testament le διάκονος = diacre en français est celui qui est sous les ordres d’un maître. C’est quelqu’un qui est subordonné à un supérieur. Cela pouvait être un domestique, mais aussi un intendant. Plus tard, le diacre aura la responsabilité de veiller aux biens des fidèles de la communauté. Plus particulièrement les pauvres, les veuves, les malades. L’apôtre Paul définira sous l’inspiration divine les qualités requises pour remplir ce ministère (cf. 1 Timothée 3 8-10).
Pour atteindre son objectif, le Seigneur procède à une inversion des valeurs : le premier doit se considérer comme le dernier et le serviteur de quelques-uns celui de tous sans distinction, ni discrimination. On ne sait pas comment ce camouflet a été reçu par les disciples, mais la suite prouve que l’interpellation a été prégnante. Observons que Jésus après avoir appelé les douze, s’est assis. Ce détail démontre que le Seigneur s’est posé. Il a pris du temps pour délivrer un message qui lui tenait à cœur. Matthieu dit qu’à ce moment-là, il appela un petit enfant et le plaça au milieu d’eux (cf. Matthieu 18 : 2).
Ce simple geste en dit long sur la place importante que son enseignement devait trouver dans leurs cœurs. Marc ajoute même un détail touchant il écrit : « Puis, prenant un petit enfant, il le plaça au milieu d'eux et, l'ayant embrassé, il leur dit … » Marc 9 : 36, version FBJ. Non seulement l’enfant est placé au centre du groupe, mais plus encore, il est l’objet d’une affection spéciale : ἐναγκαλίζομαι = enagkalizomai = prendre dans ses bras, embrasser. Cette tendresse du Seigneur n’est mentionnée qu’une seconde fois dans tout le NT (encore chez Marc), et elle est encore en lien avec des enfants (cf. Marc 10 : 16).
« Quiconque accueille un enfant comme celui-ci à cause de mon nom, c'est moi qu'il accueille ; et quiconque m'accueille, ce n'est pas moi qu'il accueille, mais Celui qui m'a envoyé » Marc 9 : 37, version FBJ.
Le Seigneur affectionne les mises en situation concrètes. Elles ont l’avantage d’éviter de longs discours. L’illustration a ce pouvoir de fixer dans la mémoire l’enseignement dispensé. Une précision est donnée dès le départ de l’instruction : quiconque. Qui que ce soit, c’est-à-dire, tout le monde est concerné. (δέχομαι = dechomai = prendre avec la main ; recevoir ou accorder un accès à un visiteur, ne pas refuser de relations ou une amitié ; recevoir l'hospitalité ; recevoir dans sa famille pour élever ou éduquer). L’évangéliste Luc va lui aussi utiliser ce verbe pour mettre en exergue une parole puissante du Seigneur :
« En vérité je vous le dis : quiconque n'accueille pas le Royaume de Dieu en petit enfant n'y entrera pas » Luc 18 : 17, version FBJ.
Le Christ utilise une parole vivante pour prioriser l’importance de la qualité de l’accueil. C’est aussi un fruit de l’amour. Et, il va même surajouter un élément déterminant. Il faut accueillir le petit enfant :
Comme nous le constatons, nous abordons un enseignement central du Seigneur. Il devra le répéter au chapitre suivant. Ce qui montre que la nature humaine a du mal à intégrer des vérités simples. Voici ce qui est rapporté à une autre occasion :
« On lui présentait des petits enfants pour qu'il les touchât, mais les disciples les rabrouèrent. Ce que voyant, Jésus se fâcha et leur dit : " Laissez les petits enfants venir à moi ; ne les empêchez pas, car c'est à leurs pareils qu'appartient le Royaume de Dieu. En vérité je vous le dis : quiconque n'accueille pas le Royaume de Dieu en petit enfant, n'y entrera pas. " Puis il les embrassa et les bénit en leur imposant les mains » Marc 10 : 13-16, version FBJ.
Comme nous le constatons une fois de plus, le Maître prend le contre-pied de la position commune du monde des adultes (cf. Elle consistait à mettre à l’écart les petits enfants).
Pourquoi avoir utilisé la symbolique du petit enfant (παιδίον = paidion = un jeune enfant, un petit garçon, une petite fille. Il ne s’agit pas d’un bébé !).
Si le Christ a appelé un jeune enfant, ce n’est pas par hasard ! L’enfant possède des qualités naturelles qui lui sont propres.
A contrario, les adultes (ici au travers des douze) pensaient que les enfants ne pouvaient comprendre les beautés de l’Evangile de Christ. Plus encore, qu’ils étaient une gêne au bon déroulement du programme. Il fallait les écarter de tout rassemblement dans lequel l’enseignement de Jésus-Christ était dispensé…La remarque de Jean qui colle à notre récit est symptomatique. Il fallait vite passer à autre chose car l’interpellation de Jésus devait être difficile à intégrer, surtout après avoir discutés pour savoir lequel d’entre eux devait être considéré comme le plus grand…
Le Seigneur a voulu replacer au centre, c’est-à-dire, au cœur de son enseignement d’amour deux qualités essentielles. Les ignorer disqualifiait pratiquement ceux et celles qui voulaient être à son service. Il s’agit de l’humilité et de la bienveillance.
Au début de son ministère en Galilée, Jésus avait déjà indiqué la teneur de son message : « En ce temps-là Jésus prit la parole et dit : " Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d'avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l'avoir révélé aux tout-petits… Chargez-vous de mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez soulagement pour vos âmes. Oui, mon joug est aisé et mon fardeau léger » Matthieu 11 : 25 ; 29-30, version FBJ (C’est moi qui souligne).
L’humilité de cœur entraîne par voie de conséquence la bienveillance. Cette dernière fait référence à une qualité d’accueil de l’humain. Ces dispositions de cœur font partie, selon l’apôtre Paul, du fruit de l’Esprit :
« Mais voici le fruit de l'Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance,
foi, douceur, maîtrise de soi ; contre de telles choses, il n'y a pas de loi » Galates 5 : 22-23, version TOB ; c’est moi qui souligne).
Conclusion :
Afin de qualifier les disciples au vrai service tel qu’il l’enseignait et le vivait, le Seigneur Jésus a dû utiliser des paroles fortes. Les apôtres devaient comprendre que la vraie grandeur est de renoncer à vouloir être grand.
Pour appuyer cette parole, il a procédé à une illustration concrète de la vie courante. Autrement dit, en langage scolaire, il a procédé à une leçon de chose vivante en appelant un petit enfant. Ce dernier vint spontanément et Jésus le plaça au centre du groupe qui s’était formé autour de lui. Ce positionnement revalorisait la place de l’enfant au point qu’il représentait un trait fort de la personnalité du Christ. De là jaillit le proverbe : qui accueille un enfant m’accueille moi-même et à travers moi le Père céleste aussi. Rappel : « Quiconque accueille un enfant comme celui-ci à cause de mon nom, c'est moi qu'il accueille ; et quiconque m'accueille, ce n'est pas moi qu'il accueille, mais Celui qui m'a envoyé » Marc 9 : 37, version FBJ.
Il a donc fallu que les apôtres tout confus apprennent que le désir de suivre et de servir le Christ ne peut s’accompagner d’ambition personnelle. Leur préoccupation de se faire valoir devait laisser place à l’humilité et la bienveillance. Pourtant, ils avaient eu un modèle du genre en la personne de Jean le Baptiste. Conscience par l’esprit de la personnalité du Sauveur, il avait déjà prononcé ces paroles mémorables : « Il faut que lui grandisse et que moi je décroisse » Jean 3 : 30, version FBJ. Les futurs apôtres devaient apprendre à désapprendre. Apprendre à ne pas mélanger ambition personnelle et service chrétien. Désapprendre ce qui est propre à la nature humaine lorsqu’elle se trouve devant un défi à relever. Jean le Baptiste a pourtant connu le succès, mais la séduction des honneurs, et de la vanité de la gloire ne l’ont pas contaminé. Sa mort est cohérente avec sa vie. Son ministère de service a supplanté le désir commun de plaire. Ce n’est pas sur lui qu’il a dirigé les regards de ses auditeurs, mais sur son Seigneur et Sauveur Jésus-Christ. Le regard des autres n’a pas pesé lourd devant sa détermination d’être fidèle à une vocation initiée par Dieu. Il s’est contenté de n’être qu’un porte-voix. Il dira : « Moi, je suis la voix de celui qui crie dans le désert… » Jean 1 : 23, version DRB.
Assurément Jean Baptiste fut le plus grand parce qu’il s’est perçu tout petit : Jésus a rendu à son sujet, ce merveilleux témoignage :
« Je vous le dis : de plus grand que Jean parmi les enfants des femmes, il n'y en a pas ; et cependant le plus petit dans le Royaume de Dieu est plus grand que lui » Luc 7 : 28, version FBJ.
A l’évidence, l’expérience des disciples n’est pas anodine ! Elle nous rappelle que le chemin de l’humilité et de la bienveillance est parsemé de chausse-trapes et de pièges. La confusion peut s’installer dans notre esprit au point d’oublier que notre sanctification ne peut être que l’œuvre de Dieu en nous. En conséquence, la mobilisation de notre esprit concernant l’accueil de l’action du Saint-Esprit en nous est porteur d’espérance.
« Grand est celui qui n’a pas perdu son cœur d’enfant » Mencius, penseur chinois (380 av. J.-C - 289 av. J.-C)
Jacques Eychenne
PS : FBJ, version Française de la Bible de Jérusalem ; TOB, version Traduction Œcuménique de la Bible ; DRB, version John Nelson Darby.