La Vérité

 Mais

qu'est-ce que la Vérité

Jean  18:36

 

 

Introduction :

 

La quête de la Vérité n’est pas un long fleuve tranquille où il fait bon naviguer sans risque, torse nu, au soleil, les pieds en éventail en fredonnant la chanson d’Henri Salvador : «  le travail, c’est la santé, rien faire s’est la conserver... » 

Depuis des millénaires, les êtres pensants cherchent à percer l’ultime  raison d’être de ce parcours périlleux de la vie. Comme un feu d’artifice, les recherches partent dans toutes les directions, et chacun est content de ses propres mises à feu. D’où le dicton populaire : A chacun sa Vérité.

La question est pourtant sérieuse. Le gouverneur Pilate, devant les accusations portées sur Jésus, a bien situé l’enjeu. On a conservé cette mémorable phrase historique. Il dit à Jésus-Christ: « Qu’est-ce que la Vérité ? » (Jean 18 :38)          

En nous positionnant comme croyant et plus particulièrement comme chrétien, y a-t-il une possibilité de concilier les domaines profanes et sacrés, philosophiques et spirituels ? Y a-t-il des ponts, des gués, des lieux de passage entre tous les hommes?

 

Développement :

 

Je considère que ce concept de Vérité (1) ne relève pas uniquement du registre spirituel, au sens restrictif, il le déborde. Il va bien au-delà de tout ce qui gravite autour de la connaissance biblique intrinsèque. N’est pas toujours spirituel celui ou celle que l’on croit ! Les apparences sont parfois trompeuses : certains se définissent comme ne relevant pas du spirituel et le sont ; d’autres au contraire paraissent très spirituels, mais le temps et les circonstances démontrent de grosses lacunes. Certes, personne n’est parfait, mais on trouve plus facilement des chercheurs d’une vérité accommodante et sur mesure, plutôt que celle d’une vérité vraie (pardon pour le pléonasme) ... 

Aujourd’hui, ce que l’on dit m’intéresse moins que ce que l’on est.

Et si je suis en marche pour savoir ce qui est vraiment, n’est-ce pas être en quête de Vérité ? N’est-ce pas être en marche sur le terrain spirituel ?

Aucune démarche philosophique ne peut échapper à ce passage obligé. On prête même à André Malraux la phrase suivante : « le 21è siècle sera spirituel ou ne sera pas ». La philosophie, dans son sens étymologique (Philosophia, en grec)  traduit le sens général du spirituel. Philosophia est littéralement l’amour de la sagesse. Aimer (philéau) ou être l’ami (philos) de la sagesse (sophia). La contraction de ces mots, donne du sens à la quête de la réflexion sur la Vérité. Marcel Conches dit que la philosophie ne tend qu’à la vérité. Ainsi donc la sagesse aurait pour objectif  la vérité ?

Nous sommes tous des philosophes, nous qui cheminons vers une qualité de réflexion pour mieux vivre. Penser mieux, pour mieux vivre, c’est chercher des éléments de réponse à nos questions

 

 

existentielles et à notre devenir. Stendhal, écrivant à sa sœur Pauline dit : « Tout bonheur nous est procuré par la vérité ». (Dans Correspondance, Paris, Gallimard, 1963-1968)

 

Sur ce sujet,  l’apport du message du Christ est exceptionnel et unique.

Autant la philosophie est utile, autant elle est impuissante à satisfaire notre soif d’absolu. André Comte-Sponville le reconnaît quand il déclare : « La sagesse est le but de la philosophie. Mais à quoi la reconnaît-on ? A la possession de la vérité ? A la possession du bonheur ? Ni l’un ni l’autre, puisque ce ne sont pas choses que l’on puisse posséder. »

De ce fait le parcours de Jésus-Christ présente, à tous ces cheminants que nous sommes, l’intérêt d’une cohérence entre la pensée et l’action, entre l’avoir et l’être.

 

Le Christ a montré que c’était dans la recherche de la vérité que se trouvait le vrai bonheur. On ne peut accéder au bonheur qu’en marchant vers le vrai pour soi et en soi. Cette vérité peut être aussi brève qu’une étincelle, mais aussi incandescente que sa chaleur. Il faut apprendre à saisir ces jets de lumière qui donnent sens à la vie. Se satisfaire perpétuellement de ces instantanés éphémères. La vérité comme le bonheur ne se possèdent pas. Ils se ressentent comme un parfum. On ne peut les emprisonner. Triste vanité de l’homme que de croire pouvoir posséder la Vérité !

Les institutions religieuses ont toutes voulu la codifier pour mieux la protéger. Se faisant, elles ne l’ont jamais aussi mal défendue.  

 

Le Christ a bien pris soin de ne rien écrire afin que la perception de son message, en pleine cohérence avec son vécu, soit multiple dans l’unité, comme un arc en ciel après l’orage.

Le propre de la Bible, reconnue comme parole de Dieu, révèle cette gageure. Le même esprit a animé des êtres forts divers dans leur humanité, comme dans leur cheminement  vers Dieu, parfois même en s’opposant à Lui. Ce qu’ils ont écrit est vrai, mais ce n’est qu’une approche de la Vérité intrinsèque. Christian Bobin a raison de dire : «  La vérité tient sa lumière en elle-même, non dans celui qui la dit » (le Très-Bas, Nov.2006, p. 91)

L’apôtre Paul, philosophe émérite de la pensée du Christ, dans son hymne à l’amour déclare : « Aujourd’hui nous voyons au moyen d’un miroir, d’une manière confuse, mais alors ce sera face à face. Aujourd’hui je connais partiellement, mais alors je connaîtrai comme je suis connu ». I Corinthiens 13 :12

Le propre du vrai chercheur est de toujours laisser la place à une découverte encore plus importante que celle faite précédemment. A fortiori, dans le domaine spirituel ! L’humain peut-il appréhender vraiment le Divin ?

Personne n’a jamais vu Dieu, car dans l’état actuel de nos capacités, cela demeure une impossibilité. Mais a-t-on besoin de voir pour croire ?

Rappelons nous  la réplique de Jésus à Thomas : « Parce que tu m’as vu, tu es convaincu ? Heureux ceux qui croient sans avoir vu ! »  Jean 20 :29

 

Certains penseront qu’une telle réflexion est dangereuse et sape toute certitude.C’est tout le contraire ! La lucidité sur les moyens de sa propre marche est le gage d’un meilleur voyage. Mon propos est de tenter de recadrer le plus justement nos élans de découverte, afin d’être immuniser contre le fanatisme et le sectarisme.

 Je propose un parcours d’humilité... Il ne peut que faire s’épanouir cette soif d’absolu, inhérente à tous les humains.

 

 

Je propose l’émerveillement simple de l’enfant. Il relève d’un autre niveau de connaissance, celle du cœur.

Je propose de savourer ces instantanés de lumière dont le souvenir enrichit notre foi. Ces sublimes temps de grâce où le corps tout entier est visité par l’esprit de Dieu. Moments inoubliables où l’on trésaille de joie suivant l’expression biblique !

 

Jésus en a donné un aperçu dans son discours sur le bonheur. Dans l’évangile deLuc au chapitre 6 : 20-23, le Christ décrit les grandes artères  qui mènent à la route du bonheur.

« Heureux êtes-vous, vous les pauvres, car le royaume de Dieu est à vous ! » V.20

Heureux celui qui se sait pauvre, non imbus de connaissance, dépourvu apparemment de l’essentiel, et pourtant riche de la joie de Dieu. Faut-il prendre conscience que l’on n’a rien pour recevoir, que l’on ne sait rien, pour connaître vraiment ?

« Heureux êtes-vous, vous qui avez faim maintenant, car vous serez rassasiés ! »V.20a

Heureux ceux qui sont en manque d’une nourriture extra matérielle, qui prennent conscience de ce besoin, et demeurent l’esprit et le cœur ouverts. La quête de la vérité dans l’amour passe par le recensement de  notre manque.  Un Proverbe chinois dit : « Les vérités qu’on aime le moins à apprendre sont celles que l’on a le plus d’intérêt à savoir ».

«  Heureux êtes-vous qui pleurez maintenant, car vous rirez ! » V.20b

Heureux ceux qui compatissent avec la misère humaine et demeure dans sa proximité, dans l’aide et le partage. Nous nous enrichissons à chaque fois que nous donnons et nous nous donnons au travers du don !

« Heureux êtes-vous lorsque les gens vous haïssent, lorsqu’ils vous excluent, vous insultent et rejette votre nom comme infâme, à cause du fils de l’homme ». V.22

Heureux lorsque l’on sait en qui on met sa confiance et pourquoi on a fait ce choix. Heureux ceux qui sont au clair sur leur combat au point d’intégrer l’adversité comme une force positive. Ne nous renvoie-t-elle pas à la profondeur de notre engagement ? A notre conviction ? A notre volonté de nous en remettre à Dieu ?

Le Christ ne présente pas la quête de la vérité et du bonheur comme nous l’aurions pensé. Il nous propose un parcours insolite, truffé d’obstacles et d’oppositions. C’est comme une course au trésor, pleine d’embûches, mais parsemée de la force de l’envie de connaître et d’aimer. Le Seigneur décrit cette vérité, quand il compare le royaume des cieux à un trésor caché dans un champ. L’homme qui le trouve vend tout ce qu’il a pour acquérir ce champ. (Cf. Matthieu 13 :44)

Ailleurs, l’apôtre Paul, s’adressant aux riches, à ceux qui ont des biens, les invitera à chercher un autre trésor, plus beau encore et plus jouissif, afin de saisir la vraie vie. Il leur conseillera le chemin du don, du partage et de la solidarité. (Cf. 1 Timothée 6 :18)

 

Faut-il se satisfaire de promesses, fussent-elles données par le Seigneur lui-même ? Ne serait-ce pas de l’ordre de l’utopie ? Un refus d’assumer son humanité ?

Quand on décide de partir en randonnée dans un terrain accidenté, il est important de savoir où l’on veut aller, et comment on pense y aller, même si on ignore encore la réalité de ce que l’on va trouver. L’aventure inconsciente peut avoir une issue fatale ou dramatique. Or, tel n’est pas notre désir, ni d’ailleurs celui du Créateur, appelé aussi : notre Père !

 

Sur un plan spirituellement large, il en est de même. Le chemin de la vérité sous-tend un choix d’orientation qui répond à un besoin personnel. Au fil des expériences de vie, au cours desquelles on peut être déçu de soi-même, des autres et du monde, notre soif d’absolu

 

 

s’amplifie avec le temps. Nous aspirons à un affranchissement de tout ce qui nous handicape dans notre marche vers la connaissance de la vraie vie.

Pour utiliser un langage informatique, l’image de notre égo surdimensionné a besoin d’être écrasé pour être transportable dans notre communication. Redimensionner  l’image de notre moi  permet de la rendre acceptable et utilisable ...

C’est bien là, que les promesses du Christ deviennent des moteurs de recherches.Elles sont nécessaires car elles sollicitent notre adhésion, notre engagement, notre confiance vis-à-vis de Christ. Le fait de s’élancer au départ peut-être comme Pascal, un pari. Cela peut être aussi du domaine inexplicable de la naissance de sentiments amoureux. Mais très vite cela devient de l’ordre de l’expérience relationnelle personnelle, de la foi en un sauveur en qui on a pleinement confiance.

Mais se nourrir de promesses n’est pas suffisant, le présent a besoin d’être nourri par ces étincelles de lumière, elles sont moments de grâce.  

 

Marie, cette jeune adolescente, a connu ce bonheur quand l’enfant qu’elle portait a tressailli  en son sein. (Cp. Luc 1 :41)

Moment de grâce incomparable, indéfinissable, intransmissible qui place l’humain en contact avec une autre dimension de la vie.

 

Ce fut le cas aussi d’une autre Marie, sœur de Marthe et de Lazare, lors d’un souper à Béthanie. Poussée par une force d’amour qui la submerge, Marie prend un vase contenant un parfum de grand prix, mis à part depuis certainement plusieurs années, s’agenouille et le verse sur les pieds de Jésus. Geste fou, insensé, déplacé, penseront les disciples !

Et pourtant, instant de lumière où deux êtres se comprennent, dans le langage silencieux de l’amour. Geste merveilleux ou au-delà du parfum... Marie épand en un seul geste tous les sentiments de son cœur contenus pudiquement jusqu’alors...  

(Cp. Marc 14 : 3-9 ; Matthieu 26 :6-13 ; Luc7 :36-50 ; Jean 12 :1-8)

 

Ce fut encore le cas pour le brigand sur la croix. Apparemment dans cette position, guère idéale pour entamer une réflexion, à quoi pouvait-t-on s’attendre ? Au début du procès, il injuriait aussi le Seigneur, comme son voisin d’ailleurs. Et puis, l’étincelle a jailli, la lumière s’est faite dans son cœur. Il fut le seul à prendre la défense du Christ, et à reconnaître - hypothèse incroyable - son origine divine.

 Le premier vrai témoin de l’amour du Christ pour notre humanité fut un brigand, qui aurait pu le penser ?

 Le temps use nos tâtonnements mais révèle aussi ces instantanés de bonheur intense, ces étincelles de lumière qui éclairent tout le reste de nos chemins et dissipe nos petits parcours en clair-obscur.

A l’instar de tous ces héros de la foi dépeint dans l’épître aux Hébreux, au chap.11, je nous invite (je me sens bien concerné !) à poursuivre cette marche difficile, mais aussi exaltante, de la Vérité sur l’essentiel de la vie.

 C’est en cherchant avec détermination et pugnacité la Vérité que l’on accédera au bonheur simple, et moins en cherchant le bonheur que l’on trouvera la Vérité.

La valeur de la vie ne relève pas de l’avoir, mais de l’être. Il s’agit moins de posséder la Vérité que d’être dans l’authenticité du vrai en soi d’abord, et vis-à-vis des autres ensuite.

Cette quête harassante, bien décrite par Albert Camus (le Mythe de Sisyphe, 1942), entretient pourtant le désir de connaissance et le projette dans l’espérance. Mais elle donne aussi le droit à

 

 

l’erreur, au faux pas, à l’initiative malheureuse. L’amour de Dieu accueille car c’est l’intentionnalité qui est prise en compte, pas le résultat. La vie de David en est une parfaite illustration.

Ainsi la philosophie est un parcours dans lequel on jongle avec les concepts, mais le message de Christ est un sommet de vie et de Vérité. La philosophie pose des questions sur la condition humaine, le Christ donne les bonnes réponses.

     « Quiconque est de la Vérité écoute ma voix » (Jean 18 :37)

 De ce fait nous expérimentons un mieux être, un mieux vivre.

Lorsque le sentier mène au sommet, il n’y a plus de sentier, seulement un tout petit espace, mais il  permet de voir loin, plus loin, parfois très loin.

La raison d’être du sentier de montagne est de nous mener généralement au sommet, la raison d’être du message du Christ est de nous mener dans l’éternité.

Nous sommes présentement sur le sentier, la réalité du sommet existe, quelques éclairs dans nos nuits d’orage, nous le montrent majestueux et resplendissant. Alors, ne nous décourageons pas et soyons les uns pour les autres des compagnons de voyage. 

 

Conclusion :

 

Nous avons commencé notre réflexion en nous demandant si il y avait des ponts entre le profane et le sacré, entre le philosophique et le spirituel. Pour ma part, je réponds oui sans hésiter. Car, qui que nous soyons, et d’où que nous venions, nous sommes confrontés aux mêmes interrogations sur l’essentiel de nos conditions de  vie.

Certes, la quête de Vérité renferme son potentiel d’excès, et chacun cherche à tirer la couverture sur soi, mais plus généralement cette démarche sérieuse invite au respect.Un point est certain : personne ne possède la Vérité comme un bien acquis, précisément détaillé, défini et fini. Certains peuvent avoir la conviction de s’en approcher plus que d’autres, mais tous, nous sommes en marche sur ce chemin. La Vérité ne se possède pas, elle se vit dans la diversité de nos expériences et le respect accordé à tous ces authentiques chercheurs qui sillonnent notre monde.

Pourtant la Vérité se reconnaît par l’illumination du cœur. C’est une expérience personnelle, non transmissible. Elle ne relève pas du scientifique. Mais sa qualité première est qu’elle ne trompe pas. On peut en témoigner. « L’espérance ne trompe point, parce que l’amour de Dieu est répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné ». (Romains 5 :5)

Le Christ est la personne vers laquelle convergent tous les concepts philosophiques touchant à la quête de l’amour, de la sagesse, de la Vérité et du bonheur. N’a –t-il pas dit de lui-même : « Je suis le Chemin, la vérité, et la vie » (Jean 14 :6)  L’humanité a perçu l’importance de son passage terrestre, puisqu’il y a un avant, et un après J.C, dans tous nos livres d’histoire. Cette marche a un prix. Ces découvertes, ces étincelles de Vérité et de bonheur en ont aussi. A nous de savoir où nous voulons aller, et sur qui nous pouvons compter pour avancer coûte que coûte sur ce chemin.

 

Jacques Eychenne

    

(1)             Rappel : Le mot grec αλήθεια  signifie, au plus près : le non-oubli (α-λήθη) ne pas oublier, se souvenir de nos origines. Apprendre à connaître notre Dieu créateur. Ce Père aimant. Ce Sauveur. La Vérité est dans cette connaissance personnelle...

 

 

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