Lazare et le mauvais riche

La parabole du riche et de Lazare

Luc 16 : 19-31

 

 

   

Introduction :

 

 

 

 

 

Avant d’aborder le contexte et la signification de cette parabole, il est important de définir ce qu’est une parabole. Le mot grec Пαρρβολη utilisé par Luc dans son évangile (Luc 13 :6), signifie avant tout une comparaison, un symbole, un discours allégorique. La parabole est souvent un récit imaginaire destiné à mettre en relief un enseignement spirituel. La parabole emprunte des images familières de la vie courante ou des histoires connues comme c’est certainement le cas dans notre récit. Tout ce que les pharisiens croyaient du temps de Jésus n’était pas forcément en harmonie avec son enseignement, mais le sauveur s’en est servi pour délivrer une parole de vérité. On s’accorde à penser que le Seigneur a utilisé dans cette circonstance un récit connut des anciens, émanant de la tradition talmudique. (1) Mais on retrouve aussi de fortes analogies avec une légende égyptienne attesté par la découverte de documents du 1er s.apr. J - C. (2).

 

2 règles de prudence doivent nous habiter en tant que chercheur :

 

1) Dégager l’enseignement principal de la parabole, tout en sachant que l’on ne peut donc pas prendre tous les éléments de détails de cette parabole, et les considérer comme historiquement vrais.

 

2) Savoir à qui elle s’adresse, et pourquoi ?

 

 

 

Développement :

 

 

 

Prenons d’abord la deuxième question. Il est clair d’après le contexte de ce récit que Jésus s’adresse à un auditoire fortuné, composé de Publicains, de gens sans scrupule, et de Pharisiens avares (Cp Luc 15 :2 et 16 :14). De plus, ces derniers sont imbus de leur propre justice et ils interprètent la loi suivant à leur convenance. (Luc 16 :16-18). Jésus va donc répondre directement à leurs problèmes par le biais de la parabole. Les disciples sont présents dans cet auditoire. (Luc 17 :1).

 

De ce fait, nous pouvons dégager une double intentionnalité du Seigneur :

 

1)   Délivrer un message d’espoir en donnant à son auditoire l’occasion de se libérer de toute pensée de propre justice et d’injustice en rapport avec la jouissance des biens de ce monde.

 

2)   Instruire ses disciples sur les valeurs essentielles de la vie.

 

Le Christ étant coutumier de l’utilisation de paraboles visant à délivrer un message d’espérance, nous ne sommes pas surpris par ce procédé. L’utilisation du langage allégorique a une double vertu : décourager l’auditeur superficiel et pédagogiquement d’inscrire plus durablement dans la mémoire la leçon apprise.

 

 

 

Cela dit, reprenons maintenant, notre première question : Quel est le principal enseignement de cette parabole ?

 

Le message caché de cette parabole repose sur le deuxième grand principe de la loi : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. En conséquence notre responsabilité est engagée. Notre destinée future dépend de cet engagement dans cette présente vie. Après, il y aura un jugement. Ceux qui n’auront pas vécu cette réalité n’entreront pas dans le programme du royaume éternel. Leur volonté sera respectée.

 

 

 

Voyons maintenant l’analyse du texte qui corrobore l’affirmation ci-dessus.

 

Luc 16 :19 Litt. « Un homme était riche et il se revêtait de pourpre et de fin lin faisant bombance chaque jour somptueusement

 

Le premier homme à entrer en scène n’a curieusement pas de nom. Est-ce à dire que c’est un sacrificateur ou un roi ? Eux seuls pouvaient porter ce type de vêtement. (Cp Exode 28 :5, 6, 8, 15,33 ; Juges 8 :26, Daniel 5 :7,16 ; Marc 15 :17)

 

Cet humain sans nom est présenté ainsi peut-être parce qu’il est étranger aux valeurs spirituelles. Ce serait un homme sans intérêt car pour lui, seul l’amour de l’argent et les honneurs comptent. Son comportement uniquement centré sur l’apparence et la jouissance le rend transparent. Il est insignifiant d’humanité. Il ne vit que pour lui-même en faisant ripaille. Il est en dehors de la vraie vie.

 

Luc 16 :20 « Un pauvre, nommé Lazare, gisait devant son porche, couvert d’ulcères. Il aurait bien désiré se rassasier de ce qui tombait de la table du riche ; au lieu de cela les chiens venaient lécher ses ulcères. »

 

Le texte, en opposition à l’homme riche sans nom, met en avant qu’il est pauvre et qu’il a un nom : Lazare. (Ce nom grec serait la traduction du nom hébreu d’Eléazar. Il signifie : Dieu aide ou Dieu porte secours ; annotation Nouvelle Bible Segond p. 1370).

 

Curieusement, ce nom donné intentionnellement est dans l’ancien testament lié à la vocation de sacrificateur. Le premier Eléazar mentionné est fils d’Aaron, famille de lévitique ayant eu la charge d’officier dans la tente d’assignation ou sanctuaire. (Voir Exode 6 :23 ; Lévitique 10 :6 ; nombres 3 :4 ; 4 :16).

 

Lazare est certes un être humain, mais il a un comportement de chien (Couché sur le paillasson !), il mange comme un chien (cherchant à se rassasier des miettes qui tombent de la table du maître), et se trouve en compagnie de chiens (qui lui lèchent ses ulcères). Autant dire que ce n’est pas une vie.

 

Comme à son habitude le Christ va prendre à revers notre réflexion en montrant que la vraie vie n’est pas là où on l’aurait pensé.

 

La bombance et la luxure masque une non-vie tandis que la non-vie du pauvre la révèle.

 

Le texte repart, de ce fait peut-être, sur le devenir du pauvre :

 

« Le pauvre mourut et fut porté par les anges dans le sein d’Abraham. Le riche aussi mourut et fut enseveli » Luc 16 :22

 

Le Christ procède encore par opposition des extrêmes :

 

Lazare est porté par les anges vers le haut, dans le sein d’Abraham ; Le riche descend dans la terre, dans le Hadès, le séjour des morts (3).

 

Avant d’aller plus loin, redisons ici que le Christ utilise une tradition populaire juive, connue de ses auditeurs. Celle-ci décrivait le sein d’Abraham comme le paradis. Elle aimait se représenter les justes accueillis par le père des croyants. D’où l’importance d’Abraham dans le récit. En plus, l’historien Flavius Joseph (1er s.apr. J - C) rapporte que les juifs croyaient à l’existence de 2 chambres voisines dans le séjour des morts, l’une pour les justes, l’autre pour les méchants. On peut trouver une documentation similaire dans le midrash sur Ruth 1 :1 ; à la sagesse de Salomon 3 :1 ; au livre d’Enoch 22 :9-13.

 

Le Père Denis Buzy a écrit : « Les rabbins qui dissertaient du monde futur postérieur au jugement universel, se représentaient le jardin d’Eden à proximité de la géhenne ; de la sorte les élus pouvaient apercevoir les tourments des réprouvés et en concevoir un accroissement de béatitude ; les réprouvés voyaient aussi le bonheur des élus et leur tourments en était augmenté ». 

 

Pourquoi cette illustration présentant Abraham au ciel et accueillant les justes sur son sein ne peut être qu’allégorique ?

 

D’abord par l’emploi du terme grec κολПον. Ce mot désigne le pli, la sinuosité. Chouraqui traduit d’ailleurs : les plis d’Abraham. Dans Luc 6 :38 il s’agit du pan ou de la poche du vêtement. Mais plus intéressant, chez les grecs ce mot signifie le sein de la mère ou de la nourrice et au pluriel cela devient les entrailles, le ventre, le sein de la terre. (Dict. Grec Bailly p. 1115).

 

Cela relève bien de l’allégorie, d’autant que d’après le nouveau testament Abraham n’est pas au ciel mais tout simplement dans l’attente de la résurrection. (Hébreux 11 :13,39-40)

 

Mais revenons au texte : «  Dans le séjour des morts, le riche lève les yeux ; et, en proie aux tourments, il vit de loin Abraham et Lazare sur son sein ». Luc 16 :23

 

 

 

 


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