Le Psaume 22 du roi David

 

 

 

  Le psaume 22 de David

                 ou

     souffrance et délivrance

 

Introduction :

 

Le Psaume 22 fait partie du recueil des 150 prières retenues par le peuple d’Israël. Elles ont été écrites dans un style poétique en vue d’exprimer toute la palette des sentiments humains envers Dieu. Ces textes étaient connus de tous, et le peuple les chantait souvent. Des instruments de musique venaient les accompagner et les enrichir. Ces mélodies gravaient ces poésies dans la mémoire de chacun. Majoritairement, elles étaient l’expression d’une louange adressée au Dieu trois fois saint. Mais d’autres manifestaient sa bonté et sa grandeur au travers de sa création. Quand on venait pour les fêtes à Jérusalem, sur les chemins et à l’entrée du temple, on psalmodiait joyeusement. Le Christ s’est inscrit dans cette tradition, et il avait très jeune mémorisé ces textes et mélodies. L’évangéliste rapporte ce détail significatif :

« après avoir chanté les cantiques, ils se rendirent à la montagne des Oliviers. »  Matthieu 26 : 30, (au jardin de Gethsémané, lieu de son combat spirituel). C’est pourquoi le Seigneur citera ces Psaumes pour enseigner ses disciples. Il leur donnera même une portée prophétique. C’est ainsi que nous pouvons trouver trace dans le Psaume 22 de l’annonce de sa venue, de ses souffrances, de sa mort et de sa résurrection glorieuse.

Ce Psaume 22 a donc une singularité prophétique. Il faisait partie du recueil de chants du chef de chorale. Le chantre proposait la musique. Ici, on nous dit que les paroles de ce Psaume étaient chantées sur l’air de « La biche au lever du jour ». Malheureusement nous n’avons plus la partition.

 

Développement :

 

David, l’auteur et certainement compositeur de ce Psaume, l’introduit par un cri de douleur qui dépeint la situation d’un homme supposé abandonné : « Mon Dieu ! Mon Dieu ! Pourquoi m’as-tu abandonné… » Psaume 22 : 2.  Est-ce l’expérience de David lui-même ? Cela semble plausible dans le texte. En exprimant sa souffrance, David est loin de savoir qu’il vient de prononcer une parole prophétique. Elle sera reprise, plus de mille plus tard, par le Seigneur Jésus sur la croix du calvaire, un vendredi de l’an 27 ou 28, à 15h précise : « et à trois heures, Jésus cria d'une voix forte: « Eloï, Eloï, lama sabaqthani ? » ce qui signifie : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? ». Marc 15 : 34, version TOB. Le Seigneur dans son agonie s’est approprié le cri de David, le cri d’un roi, le cri d’un humain. Il exprime sa détresse en lien avec sa séparation d’avec Dieu. Ce cri du Seigneur dépeint sa solitude expiatoire et sa solidarité envers nous en

acceptant ce châtiment à notre place… Mais ce cri est aussi la reprise d’un cri humain vieux de plusieurs siècles. C’est un peu comme si le Seigneur voulait nous faire comprendre que c’était moins sur sa souffrance qu’il était centré, que sur celle exprimée par David (et tant d’autres à travers tous les temps). Porter ce cri de détresse est-ce une expression de désespoir ? Le cri de son abandon, n’est-il pas invitation à un autre abandon ? Oui ! S’abandonner pour mieux découvrir, en Dieu, la solution à tous nos maux… L’épreuve serait alors une nécessité : celle d’une séparation pour retrouver plus précieusement une union avec ce Dieu qui répond.

Mais ce sentiment d’abandon correspond-il à une réalité dans le Psaume ? A l’évidence, il n’est qu’une perception relative et humaine, car la suite du texte nous montre que la prière de David a été exaucée.

« Il n'a ni mépris ni dédain pour les peines du misérable, et il ne lui cache point sa face; mais il l'écoute quand il crie à lui. »  Psaume 22 : 24, version NEG.

 

La perception d’un mal-être traduisant ce sentiment d’abandon est donc nourri par la souffrance. Ce constat est aussi vieux que les patriarches. De même, pour nous, quand cette souffrance est trop forte, nos perceptions sont perverties. On est seul à souffrir,et on se croit seul au monde, alors on se sent abandonné ; pourtant Dieu est toujours là ! Cela éclaire le cri du Seigneur en croix. C’est sa souffrance, comparable à toutes les souffrances humaines, qui a nourri cette impression d’abandon. En contrepoint, il se peut même que Dieu, à cet instant, n’ait jamais été aussi présent. Son apparente absence ne peut absolument pas se traduire par un abandon. Dieu s’est gardé d’intervenir, parce qu’il était nécessaire que la victoire sur le mal soit acquise de cette façon (cf. Romains 5 : 6-10). Comme souvent, nos perceptions et ressentis ne correspondent pas à une réalité intrinsèque (cf. Esaïe 55 : 8-9), pourtant ces réalités sont bien nôtres et  Dieu les accueille en silence…

 

Mais alors, Ce silence ne serait-il pas caisse de résonnance à nos cris pour que nous prenions conscience de sa présence ?

 

En bref ! Ce Psaume se divise en 2 grandes parties. 1) L’expression de la souffrance d’un homme qui se sent abandonné et qui ne comprend pas, et 2) la délivrance de son angoisse existentielle. Ainsi prophétiquement, ce que David exprime est émouvant, car cela fait écho à la vie de notre Seigneur Jésus.

Tout comme pour David, la prière du Seigneur en croix a, elle aussi, été exaucée :

« C'est lui qui, dans les jours de sa chair, a présenté avec de grands cris et avec larmes des prières et des supplications à celui qui pouvait le sauver de la mort, et il a été exaucé à cause de sa piété. Il a appris, bien qu'il soit Fils, l'obéissance par les choses qu'il a souffertes; après avoir été élevé à la perfection, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent l'auteur d'un salut éternel. » Hébreux 5 : 7-9, version NEG.

 

Si le Christ a été exaucé, c’est parce que la mort, telle que nous la concevons, n’est pas réellement mort, mais passage. La résurrection du Seigneur attestera cette compréhension… Mais le rapprochement entre l’expérience de David, roi d’Israël, et Jésus, roi des Juifs, ne s’arrête pas là…

  • « Tous ceux qui me voient, me raillent ; ils ricanent et hochent la tête » Psaume 22 : 8, version Traduction Œcuménique de la Bible. L’évangéliste Matthieu décrit le même comportement des passants devant la croix (cf. Matthieu 27 : 39-43).
  • « Je suis répandu comme de l'eau, et tous mes os se déjoignent ; mon cœur est comme de la cire, il est fondu au dedans de mes entrailles. » Psaume 22 : 14, version Darby. C’est le corps qui se liquéfie au point que le Seigneur demande à boire (cf. Jean 19 : 28). C’est l’écartèlement des bras, l’intensité de la douleur qui font fondre le cœur de Jésus. Mais on ne décrit pas un supplice horrible, on parle d’une histoire d’amour (cf. Jean 3 : 16-17). D’un amour prêt à donner sa vie pour ceux que l’on aime (cf. Jean 15 : 13).
  • « Car des chiens m'ont environné, une assemblée de méchants m'a entouré ; ils ont percé mes mains et mes pieds. » Psaume 22 : 16, version DRB. Ce passage est important, car le supplice de la croix était inconnu au temps de David. Les Romains l’ont introduit comme forme de supplice. Il distendait les membres du corps, mais sans les briser, ce qui prolongeait inévitablement l’agonie du condamné. Quand on voulait l’abréger (car cela pouvait durer plusieurs jours), on lui brisait les os des jambes. Cette pratique barbare avait valeur d’exemple. C’était aussi une démonstration de force de l’autorité romaine. Tertullien (160 environ -220 ap.J-C, né à Carthage, premier Père de l’Eglise chrétienne d’Occident) cite ce texte de David pour démontrer sa valeur prophétique en regard de la crucifixion de notre Seigneur. Il était pour lui, comme pour nous, une démonstration de l’inspiration divine des écrits sacrés.
  • David était le chantre de Dieu par excellence : il était en même temps musicien (il jouait sublimement de la harpe. cf. 1 Samuel 16 : 23), poète, prophète et roi. « Voici les dernières paroles de David : Oracle de David, fils de Jessé, oracle de l'homme haut placé, de l'oint du Dieu de Jacob, du chantre des cantiques d'Israël. L'esprit de Yahvé s'est exprimé par moi, sa parole est sur ma langue. » 2 Samuel 23 : 1-2, version Bible de Jérusalem. Ce texte est à mettre en parallèle avec ce que David dit dans son Psaume : « Je te louerai au milieu de l’assemblée » v.23. (voir aussi Romains 15 : 9-12 ; hébreux 2 : 12 // Psaumes 18 : 50 ; 117 :1).
  • « Je pourrais compter tous mes os. Eux, ils observent, ils me regardent ; ils se partagent mes vêtements, ils tirent au sort ma tunique. » Psaume 22 : 17-18, version NEG. Ce texte prophétique annonce que tous les os du corps du Seigneur devaient rester entiers. David le précisera ailleurs : «  Il garde tous mes os, aucun d’eux n’est brisé. » Psaume 34 : 21 // Jean 19 : 36).
  • La prophétie concernant le partage de ses vêtements est attestée par l’apôtre Jean : « les soldats, après avoir crucifié Jésus, prirent ses vêtements, et ils en firent quatre parts, une part pour chaque soldat. Ils prirent aussi sa tunique, qui était sans couture, d'un seul tissu depuis le haut jusqu'en  bas. Et ils dirent entre eux : ne la déchirons pas, mais tirons au sort à qui elle sera. Cela arriva afin que s'accomplisse cette parole de l'Écriture : Ils se sont partagé mes vêtements, et ils ont tiré au sort ma tunique. Voilà ce que firent les soldats. » Jean19 : 23-24, version NEG.

Comme nous le constatons, Jésus a dû avoir en tête, tout au long de son supplice, ses écrits prophétiques de David. On peut même comprendre que ses dernières paroles en croix (« tout est accompli » Jean 19 : 30) soient la proclamation d’un achèvement, c’est-à-dire, d’une victoire à la suite d’un parcours de vie douloureuse qu’il connaissait par avance. Le Seigneur n’avait-il pas déjà exprimé cette vérité par ses mots : « Il est un baptême dont je dois être baptisé, et combien il me tarde qu’il soit accompli ! » Luc 12 : 50, version NEG.

 

La deuxième partie du Psaume de David apporte des réponses à ses questions. Il reprend confiance. Il est prêt maintenant à célébrer au milieu de son peuple le nom de Yavhé-Adonaï (cf. Psaume 22 : 23).

C’est un David transformé, apaisé, tranquillisé par son Seigneur qui invite chacun à avoir confiance dans l’épreuve. L’apôtre Paul donnera un enseignement comparable (cf. 1 Corinthiens 10 : 13 ; voir encore Jacques 1 : 2-4). Dieu se révèle et écoute quand des cris de détresse montent vers lui (cf. Psaume 22: 25). David affirme que ceux qui cherchent l’Eternel, non seulement le trouveront, mais qui plus est, le célèbreront de tout leur cœur (cf. Psaume 22 : 27).

Toute la fin de la poésie de David fait référence à ce moment où toutes les nations reconnaîtront la souveraineté de Dieu. C’est l’annonce en filigrane d’un jugement qui sera suivi de la mise en place d’un royaume de justice et de paix. A l’arrière-plan du texte, on perçoit l’exaltation de la victoire sur le mal et la gloire qui rayonnera quand la démonstration de la puissance de Dieu ne souffrira plus aucune contestation.

 

On a presque l’impression que ce Psaume 22 a été expliqué aux disciples d’Emmaüs, quand ces derniers tout tristes, s’interrogeaient sur les évènements de la mort et de la résurrection du Christ. Eux aussi avaient le sentiment d’avoir été abandonnés ! La réalité fut autre, puisque le Christ les a accompagnés, rassurés et délivrés du poids du doute et du désespoir. Jésus leur dit :

« Alors Jésus leur dit : O hommes sans intelligence, et dont le cœur est lent à croire tout ce qu’ont dit les prophètes ! Ne fallait-il pas que le Christ souffre ces choses, et qu'il entre dans sa gloire ? Et, commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliqua dans toutes les Écritures ce qui le concernait. » Luc 24 : 25-27, version NEG.

La fin du Psaume exprime, avec puissance, (comme un autre cri cette fois), la force de l’espérance et de l’amour qui comble la séparation de la mort, afin de réunir ceux qui ont cherché l’Eternel. «  Ceux qui cherchent le Seigneur chanteront ses louanges. Qu’ils vivent pour toujours ! » Psaume 22 : 27,  Traduction Parole de vie. Autre traduction : «  Les adorateurs de L’Eternel le loueront. Que votre cœur renaisse à la vie pour toujours ! », traduction du Rabbinat Français.

 

Conclusion :

 

Cette poésie de David est d’une profondeur spirituelle et prophétique ignorée même de son auteur. C’est poussé par le Saint-Esprit qu’il a résumé la tragédie humaine. Il a exprimé par des mots toute la problématique de notre relation à Dieu. Non seulement nos vies sont émaillées de nombreuses questions qui semblent rester sans réponse, mais plus encore la souffrance semble être un passage obligé. La souffrance serait ce filtre qui retiendrait les parts les plus précieuses de notre être profond. Rappelons-nous que le Seigneur «  a appris, bien qu'il soit Fils, l'obéissance par les choses qu'il a souffertes. » (Relire Esaïe 53 : 3-10 ; Hébreux 2 : 10).

L’apôtre Jacques porte à notre connaissance cette recommandation : « Prenez, mes frères, pour modèles de souffrance et de patience les prophètes qui ont parlé au nom du Seigneur. Voici, nous disons bienheureux ceux qui ont souffert patiemment. Vous avez entendu parler de la patience de Job, et vous avez vu la fin que le Seigneur lui accorda, car le Seigneur est plein de miséricorde et de compassion. » Jacques 5 : 10-11, version NEG.

Ce Psaume est réconfortant. Il nous dit que nos cris sont entendus, que nos souffrances sont accueillies. Les blessures de la vie sont incontournables dans nos existences. Soit nous nous rebellons et crions à l’injustice, soit nous persévérons dans la confiance en Dieu qui veut notre bien. Comme le dit si bien l’apôtre Paul « J'estime que les souffrances du temps présent ne sauraient être comparées à la gloire à venir qui sera révélée pour nous. » Romains 8 : 18, version NEG. Si notre foi a pris la bonne habitude de grandir dans la confiance, alors la parole de Pierre peut être entendue et vécue : « Réjouissez-vous, au contraire, de la part que vous avez aux souffrances de Christ, afin que vous soyez aussi dans la joie et dans l'allégresse lorsque sa gloire apparaîtra. Si vous êtes outragés pour le nom de Christ, vous êtes heureux, parce que l'Esprit de gloire, l'Esprit de Dieu, repose sur vous. » 1 Pierre  4 : 13-14, version NEG.

Ce Psaume 22 nous parle avant tout d’une conclusion heureuse, joyeuse, glorieuse. Elle annonce les promesses du Seigneur. Elle nous parle du triomphe de la vie … « Père, je veux que là où je suis ceux que tu m’as donnés soient aussi avec moi, afin qu’ils voient ma gloire, la gloire que tu m'as donnée, parce que tu m'as aimé avant la fondation du monde. Père juste, le monde ne t’a point connu ; mais moi je t’ai connu, et ceux-ci ont connu que tu m'as envoyé. Je leur ai fait connaître ton nom, et je le leur ferai connaître, afin que l'amour dont tu m’as aimé soit en eux, et que je sois en eux. » Jean 17 : 24-26, version NEG. Gloire à notre Seigneur Jésus-Christ !

Un dernier mot ! Que la foi de l’apôtre Paul soit nôtre quand il déclare : « J'ai combattu le bon combat, j'ai achevé la course, j'ai gardé la foi. Désormais, la couronne de justice m'est réservée; le Seigneur, le juste juge, me la donnera dans ce jour-là, et non seulement à moi, mais encore à tous ceux qui auront aimé son avènement. » 2 Timothée 4 : 7-8, version NEG.

                                                                                  Jacques Eychenne

 

 

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