Jésus et la Samaritaine 3ème partie

JEAN 4 : 1-42

(Version La Nouvelle Bible Segond 2002)

Pour étude personnelle ou en groupe

3ème partie

 

Nous poursuivons notre approfondissement du récit de la rencontre de Jésus avec la Samaritaine...     

                   

 

v.15 « La femme lui dit : Seigneur,donne-moi cette eau là, pour que je n’aie plus soif et que je n’aie plus à venir puiser ici. »

 

La femme baisse sa garde et s’ouvre... C’est le passage du questionnement et de l’étalage de son savoir à la demande intime et dormante qui jaillit de son cœur.

Est-ce que cette demande est un acte de foi ? Si oui-non pourquoi ? Est-ce à dire qu’elle a identifié son vrai besoin ? Que penser de sa demande : « Seigneur, donne-moi cette eau là » ? L’expression «  pour que je n’ai plus soif » définit-elle une attente secrète, indéfinie ?

Le Christ n’a-t-il pas voulu, en formulant sa demande au départ du dialogue, permettre à la Samaritaine de découvrir et d’identifier son propre et vrai besoin, sa grande soif de vie ? Est-ce que l’objectif pédagogique du Christ est à ce moment atteint ?

De même, n’y a-t-il pas dans nos vies un désir non identifié qui ne demande qu’à être réellement satisfait ?

La voici conquise et prête à accueillir ce que le Seigneur lui propose. Mais il aura fallu que ce soit ses mots, sa demande, son désir, son espérance.

N’est-ce pas là ce qui fait la différence entre un état d’esprit d’amour et un esprit sectaire ? Dans un partage, ne faut-il pas être plus attentif à la formulation de son interlocuteur, plutôt que d’être empressé à faire reconnaître sa lecture des faits en imposant plus ou moins habilement ses convictions ? (Quelle différence y-a-t-il entre le prosélytisme et le témoignage ?) La foi ne nous renvoie-t-elle pas à un engagement personnel ? Personne ne peut agir pour nous. (Cf. Romains 14 :12)

La femme par cette demande n’a-t-elle pas démontré que toutes ses certitudes antérieures ne la satisfaisaient pas ? Plus encore, n’était-ce pas la reconnaissance d’un manque essentiel  dans sa vie ? Quand le quotidien fait grandir en nous cette insatisfaction, ne faut-il pas puiser ailleurs en profondeur ? Ne faut-il pas oser un choix libre pour rencontrer authentiquement le Prince de la vie ?

Notons que le Seigneur ne s’est pas embourbé dans une explication très métaphysique de cette eau vive. Il a fait simple et direct.

Le récit aurait pu s’arrêter là! Mais, oh surprise ! , il y a la quatrième intervention du Seigneur. Elle parait insolite, voire malheureuse et pourtant !

 

v.16« va, lui dit Jésus, appelle ton mari, et viens ici. »

 

Cette phrase va peser lourd dans cet entretien. Elle dérange et nous force à chercher l’intention du Seigneur. Non, elle n’est pas anachronique, elle a tout son sens. Dès lors que l’on se place en situation de relation honnête et vraie devant le Christ, il faut accueillir ses interpellations. Elles n’obèrent pas notre avenir, bien au contraire. Devient-il assez clair, que pour pouvoir aller plus loin dans ce partage de vie, il fallait que cette femme explicite son problème, sa difficulté majeure ? Sa vie privée pouvait-elle l’être aussi pour le Seigneur ? Pourquoi Jésus met-il le doigt là où cela fait mal ?

Mais ces mots de Jésus, ne sont-ils pas aussi une main tendue, une perche à saisir, pour permettre à cette femme d’ aller plus loin dans sa quête spirituelle. Ne fallait-il pas identifier clairement la difficulté, mettre des mots justes, pour que la relation soit vraie et féconde ?

Qu’en est-il de nous, quand nous voulons bien répondre positivement à un salut gratuit en Jésus-Christ ? Veut-on ne rien perdre ? Ne rien changer à nos habitudes ? Refuser d’expérimenter une sincère repentance ? Etait-il possible au Seigneur d’aller plus loin dans ce partage avec cette femme, sans sa réponse ? N’en est-il pas de même pour nos vies ? Sans nos réponses à ses questions, peut-il faire jaillir la source de la vie éternelle ?

 

v.17, 18 « La femme répondit : Je n’ai point un mari. Jésus lui dit : Tu as eu raison de dire : Je n’ai point de mari. Car tu as eu cinq maris, et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari. En cela tu as dit vrai. »

 

Le Christ avec amour lui montre que rien n’échappe à son regard, et qu’il connait bien sa situation. Croyons-nous qu’il en soit de même pour nous ?

Que penser de la distinction entre : être avec quelqu’un ou être marié ?

C’est seulement maintenant que l’on comprend pourquoi cette femme ne désirait voir personne en plein midi à cette source. Elle a un problème, certainement connu dans son propre village...

Ces cinq maris sont-ils décédés ? Sont-ils partis ? On ne le sait pas, mais on le suppose, compte tenu de la suite de la phrase.

Ce qui demeure est une relation non reconnue comme conjugale. Etait-elle arrivée là, par dépit, par souffrance, ou tout simplement ne supportant pas la solitude ? C’est difficile à dire ! Mais le Seigneur accueille sa réponse

Le plus extraordinaire n’est pas ce que dit cette femme, mais ce que dit Jésus ou plutôt ce qu’il ne dit pas.

Il ne la blâme pas, il ne la réprimande même pas, il ne la juge pas, il ne la condamne pas non plus ! Mais en lui disant « va chercher ton mari », il la resitue face à son réel problème. Il réutilise ses propres mots pour mieux les contredire ensuite. ( C’est un mari qui n’est pas un vrai mari !)

Mais, si le Christ ne la réprimande pas, est-ce du laxisme ou de la bonté ?

Il va utiliser dans sa réponse la toute petite étincelle de vérité, pour la faire grandir, la rétablir dans sa dignité de femme, la repositionner sur un autre chemin de vie, plus clair et plus limpide.

En disant, «je n’ai pas un mari », elle esquivait en se protégeant. C’est dur d’avouer sa difficulté et de cibler la nature de son véritable besoin, surtout s’il est d’ordre affectif, moral ou spirituel.Qui, en dehors du Christ, aurait pu porter sur elle ce regard ? Qui aurait pu déceler l’attente inavouée d’une réelle transformation de sa vie ? Qui aurait pu comprendre que derrière cette façade, se cachait un cœur qui ne demandait qu’à s’ouvrir ? Le Christ seul. Alors, méfions-nous des apparences et de nos jugements trop hâtifs !

D’autre part, si le Christ lui a demandé d’aller chercher son mari, n’est-ce pas aussi une invitation à clarifier sa situation ?

Qu’en est-il dans nos vies ? Aujourd’hui encore, Jésus continue à porter sur nous ce regard d’amour. Ce regard perce et révèle les attentes les plus surprenantes, les plus inattendues, les plus fondamentales de notre existence. Il veut rétablir, restaurer en dignité, donner de l’espérance et du bonheur à chacun, en nous aidant à déceler ce qui, au fond de nous, a besoin d’être transformé.

Mais n’y a-t-il pas encore dans cette histoire un double niveau de lecture ? Cette femme vit une relation affective désordonnée tout en ayant soif d’un engagement spirituel. N’est-ce pas aussi la condition du peuple Samaritain ? Son histoire s’identifie à celle de son propre peuple samaritain (5 maris = 5 peuples transplantés et en souffrance en Samarie, voire 2 Rois 17 :24).

5 maris n’ont pas su combler son besoin d’amour, pas même celui avec qui elle vit maintenant. (On ne sait pas si le problème vient d’elle ou des hommes qu’elle rencontre…) En fait, ces 6 personnages, qui suggèrent une insatisfaction, mènent au 7è : Christ. C’est le symbole de la relation parfaite.

Le 7ème homme de sa vie aura été le bon.

Cette Samaritaine illustre par son expérience le passage de l’idolâtrie (// avec les 5 peuples samaritains) à la foi véritable en Jésus son Sauveur. (Le chiffre 7 étant symbole de perfection le plus souvent). Cette femme a essayé de trouver par elle-même le bonheur. Elle a tâtonné, comme nous le faisons souvent. Et puis, ce fut cette belle rencontre... Jésus lui ouvre un espace de bonheur et de pleine réalisation de soi.

Son histoire est traversée par l’histoire. Elle traverse du même coup l’histoire des siens, de son peuple, et par delà le temps, la notre.

Dans nos vies n’en est-il pas aussi de même ? Nos histoires sont aussi liées à d’autres histoires...

 

v. 19-20« Seigneur, lui dit la femme, je vois que tu es prophète. Nos pères ont adoré sur cette montagne et vous, vous affirmez que le lieu où il faut adorer est à Jérusalem. »

 

La femme prend conscience de l’identité de son interlocuteur. Elle le reconnaît comme un prophète. Elle doit ressentir avec une grande réceptivité la force qui émane de sa présence.

Il est toutefois surprenant d’entendre sa réplique ! Jésus vient de mettre le doigt sur son problème, et la voilà qui l’esquive. Elle revient sur le débat historico-religieux. C’est surprenant, mais compréhensible…

Le seigneur a mis le doigt sur son problème. En réaction de défense ou de protection, elle n’a nulle envie qu’il s’attarde sur sa situation. L’humain ne capitule pas facilement quand moralement et spirituellement, il est pris en défaut ! Est-ce aussi notre cas ?

Mais revenons à l’esquive de la Samaritaine. Elle peut être vue aussi comme un baume de protection sur une réelle souffrance… Sa réaction est donc logique.

Remarquons qu’elle n’invente pas, le débat historique est réel. (Les Samaritains célébraient bien leur culte sur le mont Garizim, Cf. Deutéronomes 11 :29 ; 27 :12). Mais, ce n’était plus l’objet de l’entretien. Elle est volontairement hors sujet. Mais le Seigneur est patient. Il va lui révéler qu’il a un projet plus solennel pour elle et pour son peuple.

Notons toutefois la progression dans les réactions de cette femme : Elle a appelé Jésus : Juif, Seigneur et là, prophète. N’est-ce pas une reconnaissance tacite que l’esprit de Dieu était à l’œuvre dans son cœur ?

 

v. 21-24 « Jésus lui dit : femme, crois-moi, l’heure vient où ce ne sera ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père. Vous, vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des juifs. Mais l’heure vient -c’est maintenant- où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ; car tels sont les adorateurs que le Père cherche. Dieu est Esprit, et il faut que ceux qui l’adorent l’adorent en esprit et en vérité. » 

   

Quelle révélation ! Le Seigneur lui ôte sa dernière certitude. Elle ne peut plus construire son salut en fonction de ce qu’elle sait...Tout s’écroule pour elle... La tension en forme de provocation positive, la dépossède de tout son savoir. Il la confond à attendre la suite avec avidité. On dirait que le Seigneur avec atticisme touche son processus vital spirituel…

Concernant les querelles idéologiques, Jésus coupe court encore une fois. De façon magistrale, il renvoie les protagonistes dos à dos. La vraie adoration n’est ni à Garizim, ni à Jérusalem. Le langage est fort. Jésus n’entre pas dans un débat historique stérile. Il va à l’essentiel…

L’heure vient : l’attente messianique a créé une atmosphère propice à la vraie adoration. Un petit nombre autour de Jésus la ressent. Oui l’heure du renouveau a sonné. Désormais, il n’est plus question de chercher le Père en un lieu précis, soit sur le mont Garizim, soit à Jérusalem. (Et on pourrait rajouter aujourd’hui : Constantinople, Rome, Lourdes, Fatima, Katmandou, Bénarès, la Mecque etc.)

Le Père est partout et on peut l’adorer sincèrement partout. Quelle révolution !

Pour maintenir éveillé l’intérêt de la Samaritaine et éviter une dispersion, Jésus va utiliser pédagogiquement un double effet. Le Christ utilise et rebondit sur l’esquive de cette femme. Pourquoi ? Quelle intention discernons-nous ?

Actons cette double observation :

Jésus par une phrase redoutable met à l’épreuve la Samaritaine.  

Jésus en même temps, lui révèle ce qu’il n’a encore jamais dit à personne, pas même à ses disciples. Par là, il montrera clairement l’universalité du salut...

En soulignant l’ignorance historique de la Samaritaine, le Seigneur la déracine, pour mieux la replanter. Son amour propre est sûrement touché. Elle croyait savoir !!! «  Vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des juifs. »

Cette phrase a pour vertu salutaire de provoquer un choc. Le risque était de la voir repartir sur le champ.  Pour casser le dialogue, il n’y avait pas mieux ! C’était une interpellation à double tranchant. Ou elle s’humiliait, ou elle repartait furieuse...

La pédagogie de l’amour au risque de la rupture, quel challenge ! Le Seigneur déconstruit, pour reconstruire. Agit-il différemment avec nous ? Le plus difficile pour nous qui croyons connaître est d’apprendre à désapprendre. Ce processus d’humiliation qu’elle avait contourné tout à l’heure, devient maintenant un passage obligé. Les esquives de nos vies n’ont qu’un temps… Face à face avec le Seigneur, il faut soit se remettre en question, soit prendre le risque énorme de briser la relation. Autant dire refuser un avenir. S’humilier n’est pas facile, mais n’est-ce pas le résultat de l’action de l’esprit en nous ? Le salut vient des Juifs, car Dieu avait choisi de donner par eux, le salut au monde. (Cf. Romains 9 :4,5 ; 11 :25,26 ; 3 :1-3 ; Esaïe 2 :1-3) Mais l’ont-ils compris et réalisé ?

Adorer en esprit et en vérité.

« Elle (l’adoration) n’est déterminée par aucunes circonstances de lieux, de temps, d’actes ou de cérémonies extérieures, toutes choses qui n’ont aucune vertu en elles-mêmes ». (Bible Annotée, NT2 Jean, Actes, p.100)

Cette adoration suppose la réception de l’amour de Dieu dans le cœur. Elle attend une réponse vraie et authentique. Elle peut se vivre seul ou en groupe. (Cf. 1 Jean 3 :18 ; Romains 8 :14-16, 26,27)

Le Père cherche (trad. litt. du verbe grec ζητεω, Cf. idem Jean 6 :26) de tel adorateur. Il est en demande de relation... C’est peut-être pour cette raison que le Christ présente Dieu comme un père, et non comme un être transcendant, et omnipotent. La quête de l’esprit dans la relation avec Dieu, est le parcours le plus exigeant qui soit. Elle nous force, à chaque pas, à nous poser la question de la motivation de nos actions ; autrement dit, elle pose le pourquoi ? de tous nos faits et gestes.

A vrai dire, ce n’est pas ce que nous faisons qui a de l’importance, mais ce qui est en amont de nos actes, au cœur de nos pensées. Cette vérité là, ne doit-elle pas être au cœur de la démarche des véritables adorateurs de DIEU ? Comment adorer en esprit et en vérité 

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           Jacques Eychenne

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