Qui est vraiment Jésus-Christ ? (3)

 

 

 

 

                                                 Comment Jésus-Christ

                                  a-t-il été perçu ?

 

 

 

 

Introduction :

 

Après un survol de la personnalité de Jésus de Nazareth, nous allons maintenant examiner la façon dont il a été perçu par ses semblables. (Il va sans dire que ces réflexions spirituelles ont le modeste objectif de nous sensibiliser à un approfondissement de la vie de ce Jésus de Nazareth). Si le regard des contemporains de Jésus-Christ l’identifie à un homme d’apparence identique à tous les humains, ils discernent aussi les aspects hors normes qui le différencient de tous les autres mortels. La force de ses mots et la puissance des mises en  situation qu’il anime, comme un metteur en scène (cf. La femme adultère, cf. Jean 8 : 1-11), entraînent inévitablement un questionnement, voire une perplexité. Interrogeons les textes pour examiner de plus près les ressentis des contemporains de Jésus de Nazareth.

 

Développement :

 

1) Jésus fut appelé Rabbi :

 

L’apôtre Jean rapporte tout au début de son évangile, la rencontre des premiers disciples de Jean (dit le baptiste), avec Jésus de Nazareth. Jean-Baptiste ayant identifié Jésus de Nazareth comme celui qu’il fallait suivre (cf. Jean 1 : 35-36 ), deux de ses disciples s’approchant lui posèrent cette question : « Rabbi (ce qui signifie Maître), où demeures-tu ? Venez, leur dit-il, et voyez. » Jean 1 : 38. Un peu plus tard, quand le Seigneur recrutera ceux qui seront nommés apôtres, nous retrouvons la même utilisation du terme : Rabbi ! Nathanaël par exemple, après avoir un peu trop rapidement dit : « Peut-il venir de Nazareth quelque chose de bon ? », s’exclamera (subjugué par la révélation divine à son sujet) : « Rabbi ! Tu es le Fils de Dieu, tu es le roi d’Israël. » Jean 1 : 46,49.

 

Jésus de Nazareth est donc perçu comme un Rabbi, comme un Maître. Cette appellation empreinte de perplexité, d’admiration, de reconnaissance et d’affection perdurera jusqu’au terme du ministère du Christ (cf. Jean 3 : 2, 26 ; 4 : 31 ; 6 : 25 ; 9 : 2 ; 11 : 8). Souvenons-nous de la façon dont Judas va aborder Jésus pour le trahir en lui donnant un baiser. S’avançant, il lui dit : « Rabbi ! » Marc 14 : 45 ; Matthieu 26 : 49. Etre reconnu comme un Maître, alors que l’on n’a qu’une trentaine d’années, est en soi remarquable. Jésus est donc assimilé à ces grands Maîtres de sagesse qui ont interpelé notre conscience collective. Souvenons-nous encore que l’historien juif Flavius Josèphe, vers la fin du

premier siècle, avait attribué à Jésus de Nazareth ce même titre (cf. Histoire ancienne des Juifs, Flavius Josèphe, éd. Lidis, fév. 1968, p.561). Chez les Juifs contemporains du Seigneur, le Rabbi désigne une personne alliant sagesse et autorité. Hillel ha Zaken, fameux rabbin, dirigeant religieux, en est une figure référente (Il vécut à Jérusalem au temps d’Hérode et de l’empereur Auguste, ce fut, par son enseignement et son approche du Judaïsme, un réformateur en Israël, avant la naissance de J.C). Ce titre honorifique était décerné aux membres de l’assemblée des Anciens et du Sanhédrin.

 

C’est dire la noblesse spirituelle qui émanait de la personnalité du Nazaréen. Il faut admettre que les aphorismes (mots qui résument une vérité) de Jésus ont marqué les esprits… Les effets de ses sermons sur son auditoire étaient stupéfiants. Matthieu en témoigne en ces termes : « après que Jésus eut achevé ces discours, la foule fut frappée de sa doctrine ; car il enseignait comme ayant autorité, et non pas comme leurs scribes »  Matthieu 7 : 28-29, version Nouvelle Editions de Genève. Pourtant, Jésus n’était que le fils d’un charpentier de Nazareth ! (cf. Matthieu 13 : 55). Non seulement le Rabbi parle bien, mais plus encore, ses mots ont un sens inconnu. Ses auditeurs s’interrogent pour savoir s’ils ne sont pas à l’écoute d’une nouvelle doctrine : « Ils furent tous tellement saisis qu'ils se demandaient les uns aux autres: « Qu'est-ce que cela? Voilà un enseignement nouveau, plein d’autorité ! »  Marc 1 : 27, version TOB.

Les raisons de son succès s’expliquent par le fait qu’il était en lien avec son Père céleste (cf. Jean 10 : 30), et que ses mots étaient incisifs, précis, pénétrants. Le sermon sur une montagne de Galilée, aux abords du lac de Génésareth, est un modèle du genre (cf. Matthieu 5-7). Rabbi Yeshoua employa une figure de style tombée depuis longtemps en désuétude : le langage en paraboles. Prendre des photos de la vie quotidienne, les animer, et leur donner du sens, telle était aussi la méthode percutante de Jésus de Nazareth.

 

2) Jésus questionne ses disciples pour savoir comment il est perçu :

 

Jésus s'en alla, avec ses disciples, dans les villages de Césarée de Philippe, et il leur posa en chemin cette question : «  Jésus, étant arrivé dans le territoire de Césarée de Philippe, demanda à ses disciples: Qui suis-je aux dires des hommes, moi le Fils de l'homme ? Ils répondirent : Les uns disent que tu es Jean–Baptiste ; les autres, Élie ; les autres, Jérémie, ou l'un des prophètes. Et vous, leur dit-il, qui dites-vous que je suis ? Simon Pierre répondit: Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. » Matthieu 16 : 13-16, version NEG.

 

a) Pourquoi Jean-Baptiste ?

 

La question mérite d’être posée. Au regard des Saintes Ecritures, il est clair que c’est le point de vue d’Hérode. Ayant fait décapiter Jean-Baptiste, il pensait que ce dernier était ressuscité. Les affres du remords l’amenaient à le voir partout. Il était d’ autant moins rassuré que Jésus annonçait un nouveau royaume de Dieu. Mais Hérode le grand ne devait pas être le seul à penser cela…

 

b) Pourquoi le prophète Elie ?

 

Il était la figure historique du vrai prophète de Dieu en Israël. Courageux, il avait affronté le roi Achab. Il était insaisissable à ses poursuivants. De grands miracles jalonnaient son parcours spirituel. Il  termina sa mission terrestre en apothéose, enlevé par Dieu dans un char de feu (cf. 2 Rois 2 : 11). De plus, on pensait selon une interprétation de la prophétie de Malachie (cf. Malachie 3 : 1 ; 4 : 5-6) qu’Elie allait revenir en un temps précis. Les disciples  questionnent  Jésus à ce sujet : « pourquoi donc les scribes disent-ils qu’Élie doit venir premièrement ? Il répondit: Il est vrai qu'Élie doit venir, et rétablir toutes choses. Mais je vous dis qu’Élie est déjà venu, qu'ils ne l’ont pas reconnu, et qu'ils l'ont  traité comme ils ont voulu. De même le Fils de l'homme souffrira de leur part. Les disciples comprirent alors qu’'il leur parlait de Jean -Baptiste. »  Matthieu 17 : 10-13, version NEG.

 

c) Pourquoi Jérémie ?

 

Jérémie est un prophète qui arrive dans l’histoire, au moment où la situation du royaume de Juda est désastreuse. Le prophète dénonce l’alliance avec l’Egypte, puissance déclinante à cette époque (6ème siècle av. J.C). Elle va activer la conquête des Babyloniens. Ils vont fondre sur Jérusalem et décapiter le royaume de Juda en déportant toute son élite à Babylone. Pour Jérémie, cette situation déplorable, tant sur le plan diplomatique que militaire, est la conséquence d’une perte de foi en Dieu. L’alliance avec Dieu est rendue caduque. C’est alors que Jérémie  prophétise  par ses introductions devenues célèbres : « Voici, les jours viennent, dit l’Eternel », où je susciterai à David un germe juste (cf. Jérémie 23 : 5), où je ramènerai les captifs de mon peuple (cf. Jérémie 30 : 3), où la ville de Jérusalem sera rebâtie en l’honneur de l’ Eternel (cf. Jérémie 31 : 38), où j’ accomplirai la bonne parole que j’ai dite sur la maison d’ Israël  et de Juda (cf. Jérémie 33 : 14)… Jérémie annonce une ère nouvelle : « C'est pourquoi voici, les jours viennent, dit l'Éternel, où l'on ne dira plus : L'Éternel est vivant, lui qui a fait monter du pays d'Egypte les enfants d'Israël ! Mais on dira : L'Éternel est vivant, lui qui a fait monter et qui a ramené la postérité de la maison d'Israël du pays du septentrion et de tous les pays où je les avais chassés ! Et ils habiteront dans leur pays. »  Jérémie 23 : 7-8. A la lumière des textes du prophète Jérémie (voire encore Jérémie 31 : 31-34 ), on comprend aisément qu’il ait pu être identifié à Jésus. Jérémie est un prophète souffrant, porteur d’un salut pour un  peuple qui n’en voulut point.

 

d) Pourquoi comme l’un des prophètes ?

 

Parce que Jésus de Nazareth s’inscrivait dans cette tradition prophétique, puissant en paroles et en actions. Lorsque la foule en liesse  vit entrer Jésus à Jérusalem sur un ânon, elle s’écria hosanna au Fils de David ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur !  Cependant certains continuaient à questionner à son sujet. « Qui est celui-ci ? La foule répondait : c’est Jésus, le prophète, de Nazareth en Galilée. » Matthieu 21 : 10-11

Lorsque Jésus, non loin de Jérusalem, dans la petite localité de Naïn, ressuscita l’enfant

unique d’une femme veuve, la foule qui suivait Jésus fut saisie d’un grand respect pour lui. Elle glorifiait Dieu et disait : « un grand prophète a paru parmi nous, et Dieu a visité son peuple ». Luc 7 : 16. Mais d’autres, comme Simon le pharisien qui avait invité Jésus à sa table, étaient plus dubitatifs. Voyant que le Seigneur acceptait l’immense gratitude d’une femme pécheresse, Simon se dit en lui-même : « si cet homme était prophète, il saurait qui et de quelle espèce est la femme qui le touche, il saurait que c’est une pécheresse. » Luc 7 : 39. Assurément, Jésus fait partie de la lignée des grands prophètes, lui-même semble avoir accepté cette distinction spirituelle. Il la confesse, quand de retour dans sa ville de Nazareth, il déclare, dans la synagogue, à tous ceux qui sont surpris de sa sagesse et de ses miracles : « un prophète n’est méprisé que dans sa patrie, parmi ses parents, et dans sa maison. Il ne put faire là aucun miracle, si ce n'est qu'il imposa les mains à quelques malades et les guérit. Et il s'étonnait de leur incrédulité. » Marc 6 : 4-6. Il revendique encore ce titre à l’aune de son dernier combat. Quand on vient le prévenir qu’Hérode veut le tuer, il répond vertement : « Allez, et dites à ce renard : Voici, je chasse les démons et je fais des guérisons aujourd'hui et demain, et le troisième jour j'aurai fini. Mais il faut que je marche aujourd'hui, demain, et le jour suivant; car il ne convient pas qu'un prophète périsse hors de Jérusalem. » Luc 13 : 32-33.  A la suite de cette réplique, Jésus, en solidarité avec tous les prophètes qui l’ont précédé, délivre cette phrase émouvante : « Jérusalem, Jérusalem, qui tues les prophètes et qui lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants, comme une poule rassemble sa couvée sous ses ailes, et vous ne l'avez pas voulu ! »  Luc 13 : 34.

Jésus en pleurs prophétisa sur Jérusalem, la ville sainte : « si toi aussi, au moins en ce jour qui t’est donné, tu connaissais les choses qui appartiennent à ta paix ! Mais maintenant elles sont cachées à tes yeux. Il viendra sur toi des jours où tes ennemis t’environneront de tranchées, t’enfermeront, et te serreront de toutes parts; ils te détruiront, toi et tes enfants au milieu de toi, et ils ne laisseront pas en toi pierre sur pierre, parce que tu n'as pas connu le temps où tu as été visitée. »  Luc 19 : 42-44.  

Il est difficile sur ce sujet de ne pas verser à ce dossier, le témoignage éloquent des disciples d’Emmaüs. Ils affirment : « Jésus de Nazareth était un prophète puissant en œuvres et en paroles devant Dieu et devant tout le peuple. » Luc 24 : 19.Ainsi, si Jésus a été perçu par le peuple comme Jean-Baptiste, Elie, Jérémie, un prophète, n’est-ce pas parce qu’il synthétisait toutes ces vocations ?

 

3)  Jésus le faiseur de miracles :

 

Jésus a surtout été reconnu par les foules comme un faiseur de miracles (Thaumaturge). Ces nombreuses guérisons spectaculaires ont enthousiasmé tous ceux qui en étaient témoins. Souvenons-nous de cet homme malade, paralytique depuis 38 ans, que Jésus guérit un jour de sabbat (cf. Jean 5 : 1-16) ; de cet autre paralytique que l’on fit passer par un toit afin que Jésus le guérisse (cf. Marc 2 : 1-12) ; de cet homme possédé que personne ne pouvait retenir prisonnier (cf. Marc 5 : 1-12) ; de la résurrection de la petite-fille de 12 ans de ce chef de la synagogue, nommé Jaïrus (cf. Luc 8 : 41-56) ; de la guérison d’un groupe de 10 lépreux (cf. Luc 17 : 11-19) etc. Il a même chassé un démon qui était muet, et qui une fois sorti de la personne se mit à parler (cf. Luc 11 : 14). A la suite de cela, quelques témoins ont contesté son pouvoir de guérison, prétendant qu’il venait du diable (cf. Belzébul, le prince des démons). Alors, Jésus affirma clairement la provenance de son pouvoir : « mais si c'est par le doigt de Dieu que j'expulse les démons, c'est donc que le Royaume de Dieu est arrivé jusqu'à vous. »  Luc 11 : 20 , version bible de Jérusalem.

Comme nous pouvons le constater, Jésus dérange ou émerveille, scandalise ou fascine. Il ne laisse jamais indifférent. Même Joseph et Marie, à la suite des guérisons de leur fils Jésus, et de son appel à être suivi par 12 hommes (cf. futurs apôtres), le prennent pour un fou (les traducteurs ont eu du mal à traduire le verbe ἐξίστημι « il a perdu la tête » TOB ; « Il est hors de sens » NEG ; « il a perdu la raison » BFC). C’est dire à quel point Jésus a été déconcertant pour son entourage. Dans ce contexte, il est aisé de comprendre que ses parents se soient, eux aussi, inquiétés sérieusement. Pourtant n’avaient-ils pas foi en Dieu ?

 

Conclusion :

 

Non seulement Jésus de Nazareth est unique dans l’histoire, mais il est aussi inclassable. N’est-il pas, dès lors, regrettable que ceux et celles qui se disent ses disciples éprouvent le besoin de choisir un titre à leur congrégation autre que celui de (simple) chrétien ? Que de querelles de clochers dans les rangs de ceux qui veulent servir celui qui a voulu rester libre de toutes attaches et de tous systèmes. Si Jésus de Nazareth est un personnage unique et inclassable, est-ce d’ abord pour nous dire que notre relation à Dieu doit être d’abord individuelle avant d’être collective ? Certes, l’enseignement du Christ nous ravit, et nous sommes heureux de nous approprier ses promesses, mais est-ce que la question la plus importante n’est pas celle qu’il  posa à ses disciples : « et vous, qui dites-vous que je suis ? » Matthieu 16 : 15.

 

Il y a dans le contexte de ce passage deux situations bien distinctes :

 

1) ce que les gens pensent de Jésus de Nazareth.

2) ce que les disciples pensent personnellement de Jésus-Christ. Alors, posons-nous la question : « qui est Jésus de Nazareth pour moi ? » Si nous pouvons répondre, alors notre participation à une communauté aura un sens. Le Seigneur nous a montrés que toute vraie spiritualité part d’abord de soi, avant de se diriger vers le prochain. Maître, quel est le plus grand commandement de la loi ? Jésus lui répondit : « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, et de toute ta pensée. C’est le premier et le plus grand commandement. Et voici le second, qui lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Matthieu 22 : 36-39.  La fois prochaine, nous essayerons de répondre à la question : « Jésus de Nazareth est-il le Messie tant attendu ? »                                                   

                                                                                       Jacques Eychenne

 

 

 

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