Qui est vraiment Jésus-Christ ? (2)

 

 

 

   Qui est vraiment

     Jésus-Christ ?

            Mieux connaître  

        sa personnalité

            (2è partie)

 

Introduction :

 

Après avoir rapidement pris acte de la réalité historique de Jésus de Nazareth, nous avons situé le Christ à l’intérieur d’une fratrie. Joseph et Marie, ses parents sont des Juifs pratiquants, pieux et engagés dans la foi. Ils obéissent aux révélations divines. Apparemment semblable, mais toutefois différent de ses frères et sœurs, Jésus grandit avec sagesse dans cette famille comme un enfant ordinaire. Cependant ses comportements nous incitent à penser qu’il est très tôt investi d’une mission divine. Mais il est difficile de cerner vraiment cet enfant. A la fois, on l’appelle Jésus, alors que la prophétie d’Esaïe parlait d’Emmanuel, mais encore, il est appelé fils de David et d’Abraham au lieu de fils de Joseph, comme dans la tradition juive (cf. Esaïe 7 : 14 ; Matthieu 1 : 21, 1).  D’autre part, nous avons constaté que nous avions peu d’indices sur l’enfance de Jésus à Nazareth, mais nous ne sommes pas les seuls… En regard de ses agissements, même ses contemporains s’interrogeaient sur le parcours de ce garçon (cf. Marc 6 : 3).

Nous allons maintenant essayer d’approfondir nos connaissances sur cet homme ordinaire, qui sort de l’ordinaire, pour devenir extraordinaire.

 

Développement :

 

Quand on pense à Jésus-Christ, dont l’enseignement a donné naissance au Christianisme, on oublie que l’homme de Nazareth était avant tout juif. Comme tous les enfants juifs, il a été circoncis le huitième jour, selon la loi dite de Moïse (cf. Genèse 17 : 10-12, Luc 2 : 21). Comme juif, Jésus enseigne la croyance en un Dieu unique, créateur des cieux et de la terre (cf. Matthieu 22 : 37 // Deutéronome 6 : 5). Cette croyance est un petit ilot dans un océan de croyances polythéistes, tant chez les Grecs, les Romains, les Perses que chez les Egyptiens. Le monde juif regarde autour de lui ceux qu’il considère comme des païens. Le Christ a d’ ailleurs, selon Matthieu, une parole équivoque à l’ encontre de ces païens : « tels sont les douze que Jésus envoya, après leur avoir donné les instructions suivantes: N'allez pas vers les païens, et n'entrez pas dans les villes des Samaritains ; allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d'Israël. Allez, prêchez, et dites : le royaume des cieux est proche » Matthieu 10 : 5-7.  Cette parole rapportée par Matthieu (le plus juif des évangélistes) est d’ ailleurs significative, tout comme le silence de Marc, Luc et Jean, sur cette restriction.

 

Il est vrai que Jésus est un observateur fidèle de la loi, même s’il dénonce toutes les pratiques hypocrites :

« ne croyez pas que je sois venu pour abolir la loi ou les

Prophètes ; je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir. Car, je vous le dis en vérité, tant que le ciel et la terre ne passeront point, il ne disparaîtra pas de la loi un seul iota ou un seul trait de lettre, jusqu'à ce que tout soit arrivé. Celui donc qui supprimera l'un de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire de même, sera appelé le plus petit dans le royaume des cieux; mais celui qui les observera, et qui enseignera à les observer, celui-là sera appelé grand dans le royaume des cieux. Car, je vous le dis, si votre justice ne surpasse celle des scribes et des pharisiens, vous n'entrerez point dans le royaume des cieux. »  Matthieu 5 : 17-20.  

 

De même, Jésus s’habille à la manière juive. Il porte une tunique à frange (κράσπεδον = frange du vêtement, Matthieu 9 : 20), conformément aux recommandations faites à Moïse : « parle aux enfants d'Israël, et dis-leur qu'ils se fassent, de génération en génération, une frange au bord de leurs vêtements, et qu'ils mettent un cordon bleu sur cette frange du bord de leurs vêtements. Quand vous aurez cette frange, vous la regarderez, et vous vous souviendrez de tous les commandements de l'Éternel pour les mettre en pratique, et vous ne suivrez pas les désirs de vos cœurs et de vos yeux pour vous laisser entraîner à l'infidélité. » Nombres 15 : 38-39 .

 

Comme l’écrira l’apôtre Paul, « Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme, né sous la loi »  Galates 4 : 4. On aurait pu penser que Dieu envoie un homme libre de toutes attaches institutionnelles pour ouvrir un chemin neuf. Le plan de Dieu révèle que l’histoire de son envoyé s’ancre dans la lignée d’un peuple ayant vocation à transmettre ses oracles. D’ailleurs, quand Pilate interroge Jésus, il lui pose la question : « Es-tu le roi des Juifs » et Jésus répond d’une façon étonnante et énigmatique « toi, tu le dis » Luc 23 : 3. C’est donc logiquement que nous retrouvons cette inscription portée sur la croix : « Jésus de Nazareth, roi des Juifs » Jean 19 : 19

Certes, Jésus de Nazareth est bien Juif, mais il faut bien comprendre qu’il agit en électrons libres. Il est impossible de relier son enseignement à un courant religieux de son temps. Bien plus, Jésus va dénoncer les erreurs, les faux-semblants, les hypocrisies de ceux qui prétendent vivre leur foi. (En particulier des scribes et des pharisiens, cf. Matthieu 23 : 1-36).

Le Christ dénoncera aussi l’enseignement de l’élite intellectuelle et spirituelle de l’époque, celle des Sadducéens (cf. Matthieu22 : 23-32). Il s’opposera à la position des zélotes qui voulaient débouter les Romains hors de Palestine (cf. Matthieu 22 : 21). Il marquera sa différence avec les esséniens qui s’étaient retirés du monde (cf. Jean 17 : 18 ; Matthieu 10 : 16 ; 28 : 19-20 ). Il présentera une autre lecture de la loi. C’est une réécriture qu’il propose : « Vous avez entendu qu’il a été dit aux anciens: Tu ne tueras point; celui qui tuera mérite d'être puni par les juges. Mais moi, je vous dis que quiconque se met en colère contre son frère mérite d'être puni par les juges… »  Matthieu 5 : 21-22.

 

Son courage est à la mesure de sa mission. Face au souverain sacrificateur Caïphe qui cherchait des faux témoins pour l’accuser, il osera prononcer une parole qui signera sa condamnation. Elle sera perçue comme un blasphème : « le souverain sacrificateur, prenant la parole, lui dit: Je t’adjure, par le Dieu vivant, de nous dire si tu es le Christ, le Fils de Dieu. Jésus lui répondit: Tu l'as dit. De plus, je vous le déclare, vous verrez désormais le Fils de l'homme assis à la droite de la puissance de Dieu,

et venant sur les nuées du ciel. »  Matthieu 26 : 63-64. Jésus n’est pas homme à s’arrêter en chemin, il va aller jusqu’au bout du bout de sa mission. Quand il déclare : « tout est accompli » Jean 19 : 30, il démontre à quel point, quand on est investi d’une profonde charge d’amour, le bonheur est de donner simplement, mais complètement. « Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. » Jean 15 : 13.  

Mais Jésus de Nazareth, n’a rien d’un personnage austère et solitaire. Il communique avec tous les gens du peuple, jeunes et vieux, même s’il se concentre en particulier sur la formation de ses disciples. Il leur transmet sa joie : « je vous ai dit ces choses, afin que ma joie soit en vous, et que votre joie soit parfaite. » Jean 15 : 11.

 

Bien qu’étant un personnage charismatique, Jésus a mis en avant sa disposition de service. Il vient humblement parmi les hommes.  « Car quel est le plus grand, celui qui est à table, ou celui qui sert ? N’est-ce pas celui qui est à table ? Et moi, cependant je suis au milieu de vous comme celui qui sert» Luc 22 : 27. Et encore : « Vous m’appelez Maître et Seigneur; et vous dites bien, car je le suis. Si donc je vous ai lavé les pieds, moi, le Seigneur et le Maître, vous devez aussi vous laver les pieds les uns aux autres; car je vous ai donné un exemple, afin que vous fassiez comme je vous ai fait. En vérité, en vérité, je vous le dis, le serviteur n'est pas plus grand que son seigneur, ni l'apôtre plus grand que celui qui l’a envoyé. Si vous savez ces choses, vous êtes heureux, pourvu que vous les pratiquiez. »  Jean 13 : 13-17 . Sa joie profonde est en lien avec le père éternel, et son bonheur est rattaché à faire sa volonté, car il connaissait son projet de salut pour cette humanité en dérive.

 

Contrairement à la pensée populaire, le message du Nazaréen ne fait pas dans la dentelle. Ses mots sont forts, incisifs, déroutants. Quand il entre dans le temple de Jérusalem, il agit avec autorité. Il chasse les vendeurs du temple et déclare : « ma maison sera appelée une maison de prière pour toutes les nations ? Mais vous, vous en avez fait une caverne de voleurs. »  Marc 11 : 17. Le Christ va déstabiliser l’ordre religieux sur la pratique des lois sacrificielles (cf. Matthieu 9 : 13 ; 12 : 7 ; Marc 12 : 33). L’image d’Epinal d’un bon et doux Jésus ne cadre pas avec le caractère bien trempé, ferme et profond qui se révèle au travers de ses actions et de ses mots incisifs : « pensez-vous que je sois venu apporter la paix sur la terre ? Non, vous dis-je, mais la division. » Luc 12 : 51. Il est vrai que l’amour du Christ (qui paraît si doux), peut aussi traduire des exclusives difficiles à intégrer. Exemple : « si quelqu'un vient à moi, et s'il ne hait pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, et ses sœurs, et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple. » Luc 14 : 26. Ailleurs, désossant toute action d’un mérite quelconque, il fera comprendre qu’aimer ceux qui nous aiment relève de la normalité. Cela n’a rien de commun avec la recommandation du Christ : « mais moi, je vous dis : aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent. »  Matthieu 5 : 44.  

 

Nous aurions pu continuer à relever tous les indices qui dépeignent le caractère du Seigneur. Mon propos a simple valeur de sensibilisation.  Nous avons suffisamment de renseignements pour affirmer que la personnalité de Jésus de Nazareth est impossible à classifier, tant elle nous déroute et nous enchante à la fois. Ce que nous pouvons dire est que nous sommes loin de ce profil bon enfant « peace and love » des années soixante. Le Christ est quelque part insaisissable, paradoxal, énigmatique, mais ce qu’il dit et ce qu’il fait présente la particularité d’être complètement novateur. « Jamais homme n’a parlé comme cet homme », tel est le témoignage des huissiers venus arrêter Jésus. cf. Jean 7 : 46.

 

En fait, Jésus de Nazareth est un homme unique :

 

Unique par sa naissance, unique par sa vie, unique par ses enseignements, unique par les conditions de sa mort, unique par sa résurrection, unique par son intercession en notre faveur auprès du Père. Unique dans sa plaidoirie pour sauver le genre humain, unique par ses promesses et ses engagements, unique par son pouvoir de donner la vie éternelle à quiconque exprime sa foi. Jésus a prononcé ces mots qui agrègent toutes les espérances humaines : «   celui qui croit au Fils a la vie éternelle. »  Jean 3 : 36 ; « quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ?   Jean 11 : 26.

Mais l’apport le plus pertinent et le plus attractif concerne le nouveau sens donné au verbe aimer. Si jamais homme n’a parlé comme Jésus, c’est bien sur ce sujet. La nature humaine a pu découvrir le caractère inconditionnel de son amour. La façon dont le Christ nous l’a fait découvrir a ouvert un chemin jusque-là inconnu. Comment s’exprime cet Amour ? Essayons d’en dire quelques mots et vous compléterez la liste.

 

- Cet amour est en premier lieu accueil de chacun tel qu’il est dans sa condition humaine, ses doutes, ses questions et ses souffrances (cf. Matthieu 11 : 28). Il ne brisera pas le roseau cassé, et n’éteindra point le lumignon qui fume (cf. Mattieu 12 : 20).

 

- Cet amour se décline avec la confiance. Il est pérenne et traverse toutes les situations. Il respecte notre liberté et nous accorde le bonheur d’en découvrir le vrai sens (cf. Jean 14 : 1-3, Luc 22 : 32).

 

- Cet amour ne fait pas l’économie de paroles fortes. Il appelle une relation claire. De ce fait, il dénonce les faux-semblants, les hypocrisies, les mensonges (cf. Matthieu 23 : 13, 15, 23 ; 12 : 7 ; 23 : 23).

 

-Cet amour ne s’impose pas, il ne joue pas sur le registre purement affectif. Le respect qu’il imprime permet à chacun de se déterminer librement (cf. Marc 10 : 17-22). Jésus dira simplement à Juda : « Mon ami, ce que tu es venu faire, fais-le. » Matthieu 26 : 50.

 

- Cet amour est ressenti dans l’empathie. C’est parce que l’on ressent que le Christ veut notre bien que son amour devient lieu et lien de partage. C’est la qualité de ses interpellations qui nous donne envie de le suivre. Elles trouvent en nous un écho (cf. Jean 13 : 34 ; Marc 10 : 17-22).

 

- Cet amour inconditionnel atteint l’extrême. Il donne sa vie. Il est donc protecteur et Sauveur (cf. Jean 15 : 13). La parabole du bon berger est éloquente à cet endroit. (cf. Jean 10 :1-16).

 

- Cet amour sort du cadre du jugement. Il dispense le pardon. Il épouse et défend la cause humaine (cf. Jean 8 : 11). L’attitude du christ en croix face au larron en est une illustration vivante (cf. Luc 23 : 39-43).

 

- Cet amour est immuable et permanent. C’est une histoire qui peut s’écrire au présent (cf. Matthieu 28 : 20). Cet amour ne nous laisse pas orphelin (cf. Jean 14 : 18).

 

- Cet amour est attractif. Il agrège nos aspirations les plus nobles et met en exergue les valeurs morales impérissables (cf. Jean 4 : 4-29).

 

- Cet amour suscite l’espérance. Il fait naître une attente et il comble le présent. C’est l’ami parfait qui devance nos désirs. C’est encore le Psy idéal qui nous aide à reformuler nos blocages, à parler de nos peurs et de nos angoisses (cf. Jean 6 : 68).

 

- Cet amour est bienveillant. On perçoit sa pédagogie. Elle a pour objectif de nous conduire vers une destinée éternelle (cf. Jean 13 : 7-15)

 

Conclusion :

 

Comme les huissiers de Jérusalem nous pouvons confirmer que « jamais homme n’a parlé comme cet homme » Jean 7 : 46. Qui plus est, d’entre tous les humains, le personnage de Jésus de Nazareth est inclassable. C’est tellement vrai que suivant les situations et circonstances, plus de trente noms différents lui ont été attribués (cf. encadré de la Nouvelle Bible Segond, éd. 2002, p.1247.). Jamais le Christ n’a eu une ambition politique contrairement à d’autres grands noms de notre histoire humaine comme Gandhi (cf. président du parti du congrès), Bouddha (cf. le bouddhisme est protecteur de l’état), Confucius (cf. Vision alternative de la politique), Mahomet (cf. grand guerrier et fin politique).

Jésus-Christ a même déclaré : « mon royaume (ou ma royauté) n'est pas de ce monde, répondit Jésus. Si mon royaume était de ce monde, mes serviteurs auraient combattu pour moi afin que je ne fusse pas livré aux Juifs ; mais maintenant mon royaume n'est point d'ici-bas. »  Jean 18 : 36.  Toutefois, l’espérance que le Christ propose demeure en prise directe avec le temps présent. Cette dissociation entre le politique et la nécessité d’une implication positive dans la cité fait partie de la singularité de son message. « Le royaume de Dieu est au milieu de vous (ou, « au-dedans de vous », version la Bible à la colombe) »  Luc 17 : 21.  

 

Autrement dit, le Christ n’a pas eu pour objectif de modifier ou de révolutionner les structures de la société (cf. objectifs des politiques), mais il a impacté un changement plus profond et plus fondamental, celui du cœur. L’originalité  de son enseignement consiste à dire que tout vrai changement de société doit passer par un changement des motivations du cœur de ses citoyens. L’expérience démontre que l’humain livré à lui-même a besoin d’une aide extérieure, et c’est précisément celle que le Christ nous apporte.

Nous avons survolé la personnalité de Jésus de Nazareth, nous examinerons la fois prochaine comment il a été perçu de son vivant.

                                                                                        Jacques Eychenne

 

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