L'arc-en-ciel

 

L’arc en ciel

                Ou

La beauté de la

bienveillance divine

Genèse 9 : 9-17

 

Introduction :

 

Les premiers chapitres du livre de la Genèse nous relatent l’histoire d’une relation manquée entre Dieu le créateur et l’homme la créature. Sous l’instigation d’un intrus, la relation entre Dieu et le couple Adam et Eve, un temps parfaite, a été rompue. Dieu avait pourtant bien défini le contrat de cette belle relation, en indiquant que son repère incontournable reposait sur le critère de la confiance. N’est-il pas essentiel en relation ?

Malheureusement, le jugement d’Adam et Eve fut perverti. Ils firent acte d’indépendance et brisèrent le contrat confiance. Tous les parents connaissent cette situation avec leurs enfants. Ce qui nous intéresse relève moins d’une analyse des facteurs qui ont amené nos premiers parents à faire vœu d’indépendance, qu’à nous pencher sur la démarche de Dieu. Sa pédagogie relationnelle en tant que père nous intéresse.

 

Développement :

 

Ce qu’il convient de mettre en exergue concerne précisément la volonté de Dieu. Aurait-il conçu la création de nos premiers parents pour les détruire à la moindre transgression du contrat confiance ? Ce serait aussi absurde que d’admettre que des parents aient le projet de mettre au monde un enfant pour le faire périr.

Pour que l’explication ait du sens, il faut aller au-delà des faits et percevoir les intentions divines dans la mise en service d’un programme d’éducation. Ce dernier visait à amener l’humain à désirer une relation authentique avec Dieu le Père. Etant sans cesse confrontés à ce genre de situation en tant que parents, nous sommes bien à même de comprendre cette inévitable et nécessaire progression vers plus de maturité et de responsabilité.

Contrairement à ce que nous pouvons penser, quand Adam et Eve sortirent des mains du créateur, ils étaient, certes, conceptuellement parfaits, mais non aboutis, non finis. Cette perfection relative était liée à leur stade de développement. Pour que nos premiers parents entrent dans une relation désirée et mature, il fallait nécessairement qu’ils traversent une forêt d’obstacles (cf. test de confiance).

« Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s'ouvriront, et que vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. » Genèse 3 : 5

 

Tout l’enjeu de l’arbre interdit était d’apprendre la différence entre le bien et le mal. Litt. en hébreu : « c’est vous qui direz qui est bien et mal ». Le bien se rapporte à Dieu, le mal à tout ce qui lui est contraire et opposé. Dieu a laissé à nos premiers parents le soin de prendre conscience de la différence. Le mal a donc servi de moyen pour éprouver les sentiments profonds du cœur de l’humain. Tout projet d’éducation est fondé sur le même principe. Nous devons aider nos enfants à trouver leur chemin et une place dans ce monde en utilisant positivement les épreuves de la vie. Il y a un temps où l’oiseau doit quitter le nid, mais la nature nous enseigne que tout doit se faire progressivement. Physiquement parfaits, nos premiers parents ne l’étaient pas spirituellement, mentalement, affectivement…

Dieu, tel un bon père, ne s’est pas arrêté dans son projet au premier échec de la relation. Il a énoncé un autre contrat, appelé alliance, dès la rupture (appelée péché) avec Adam et Eve.

Cette première alliance (cf. Genèse 3 : 15), comme toutes les autres qui allaient suivre, mettait l’accent sur un engagement de Dieu. Dans la première alliance, il assurait nos premiers parents de sa protection face à l’auteur du mal, afin que le lien relationnel rétabli devienne pérenne, jusqu’à la finalité de son projet.

Mais c’était sans compter sur les forces de résistance des humains. La situation se dégrada à un point tel que « toutes les pensées de leur cœur se portaient chaque jour uniquement vers le mal » Genèse 6 : 5b. Face à cette situation dramatique, Dieu voulut donner une autre opportunité à notre humanité. Après le déluge, Dieu conclut une deuxième alliance avec Noé. Cette fois, il signa ce nouveau contrat en l’inscrivant symboliquement, mais physiquement dans le ciel par un arc-en-ciel (cf. Genèse 9 : 13).

 

Là encore il faut aller au-delà des faits relatant le déluge pour comprendre l’action salvatrice de Dieu. Comme un chirurgien constatant que la tumeur cancéreuse peut contaminer le corps et anéantir tout espoir de vie, Dieu par le déluge a décidé d’enlever la tumeur cancéreuse pour que le reste de l’humanité vive. Concernant la réalité d’un déluge mondial, certains pensent que les auteurs de la Bible n’ont fait que reprendre une histoire ancestrale. Mais à l’évidence le fait historique est moins important que le message qu’il véhicule. Notons toutefois que ce récit réel « ou mythique » est inscrit au plus profond des mémoires collectives. L’homogénéité des récits anciens chez les Sumériens, les Africains, Les Indiens, les Chinois est très énigmatique. (Un des textes les plus anciens trouvés en Chaldée, écrit en caractères cunéiformes, remonte aux environs du 13e siècle avant Jésus-Christ. Il rapporte une histoire sensiblement comparable à celle de la Bible, mais disons que si les écrits sacrés sont postérieurs à ce récit, par contre sa tradition orale est bien antérieure Bref !) Tous décrivent une énorme catastrophe par les eaux. Elle s’est inscrite dans la mémoire collective de notre humanité. Cela est un fait indéniable.

 

Qu’importe dès lors quand le cataclysme s’est réellement passé, s’il a été local ou mondial, son instrumentalisation pédagogique a plus de valeur si l’on veut bien comprendre les intentions de Dieu. Se battre pour prouver que le déluge a bien existé est moins important que de comprendre comment et pourquoi ce texte nous relate cette histoire. Il en va de même pour tous les grands miracles bibliques. Les écrits sacrés n’ont pas vocation à être historiquement démontrables même s’ils disent une vérité, ils ont pour mission de nous repositionner dans une relation à Dieu. A nous de savoir si nous voulons composer avec ou sans lui.

Que nous dit le texte biblique : « Et Dieu bénit Noé et ses fils, et leur dit: Fructifiez et multipliez et remplissez la terre. » Genèse 9 : 1

Il est clair que nous retrouvons les mêmes conseils de Dieu déjà donnés à Adam et Eve (cf. Genèse 1 : 28). Cela signifie que Dieu avait pour projet de redonner un nouveau départ à sa relation avec le monde des humains. Qui plus est, Dieu réitérait son désir de recomposer avec l’humain tant que ce dernier ne serait pas parvenu à sa pleine maturité. (Celle-ci se décline par le fait que chacun a maintenant en Jésus-Christ la capacité de faire la différence entre le bien et le mal, et donc de se déterminer pour son devenir, avec ou sans Dieu. cf. Jean 3 : 15 ; 4 : 13,14 ;  5 : 24 ; 11 :26 ; 1 Jean 5 : 12).

 

Puis Dieu dit :

 

Voici, j'établis mon alliance avec vous et avec votre postérité après vous;

avec tous les êtres vivants qui sont avec vous, tant les oiseaux que le bétail et tous les animaux de la terre, soit avec tous ceux qui sont sortis de l'arche, soit avec tous les animaux de la terre. J'établis mon alliance avec vous: aucune chair ne sera plus exterminée par les eaux du déluge, et il n'y aura plus de déluge pour détruire la terre. Et Dieu dit: C'est ici le signe de l'alliance que j’établis entre moi et vous, et tous les êtres vivants qui sont avec vous, pour les générations à toujours : j'ai placé mon arc dans la nue, et il servira de signe d'alliance entre moi et la terre. Quand j'aurai rassemblé des nuages au-dessus de la terre, l'arc paraîtra dans la nue; et je me souviendrai de mon alliance entre moi et vous, et tous les êtres vivants, de toute chair, et les eaux ne deviendront plus un déluge pour détruire toute chair. L'arc sera dans la nue; et je le regarderai, pour me souvenir de l'alliance perpétuelle entre Dieu et tous les êtres vivants, de toute chair qui est sur la terre. Et Dieu dit à Noé: Tel est le signe de l'alliance que j'établis entre moi et toute chair qui est sur la terre.  Genèse 9 : 9-17

 

Pourquoi l’enseignement par l’image de l’arc en ciel est-il pédagogique ?

 

Chacun sait que l’arc-en-ciel est un phénomène de dispersion de la lumière du soleil sur un mur d’eau. Si le récit nous permet de comprendre facilement la morale de l’histoire, disons que par ce signe dans le ciel, Dieu inscrit une compréhension plus profonde. Le mur d’eau symbolisant la destruction est frappé par la lumière qui émane de Dieu. Cette lumière fait partie de Dieu. Elle est la première de ses œuvres (cf. Genèse 1 : 3). Elle annonce la solution du problème des hommes. « Le Verbe (Jésus-Christ) était la vraie lumière qui, en venant dans le monde, illumine tout homme. Jean 1 : 9

Cette lumière quoique blanche contient en elle-même toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. C’est au contact de la pluie que la décomposition se fait. Spirituellement, il en est de même, ce qui émane de Dieu contient toutes les couleurs qui peuvent embellir notre vie. On s’en rend compte surtout quand nos vies traversent des orages. L’arc-en-ciel annonce un temps de calme après la tempête, il peut en être de même si nous gardons présente à l’esprit la signification profonde de ce symbole.

 

Le symbole de l’arc, tout comme son image dans le ciel, a donc valeur d’enseignement. Ce qui frappe l’âme de l’enfant que nous sommes, c’est sa beauté. Elle nous rappelle l’émerveillement d’Adam et Eve au premier matin du monde. Cet arc nous redit sans cesse : « souviens-toi d’où tu viens et rappelle-toi que tu as été conçu par amour. »

Dieu inscrit ce souvenir dans la durée des temps. Il est rappel pour l’homme, mais aussi engagement pour Dieu lui-même. Si le fait de se souvenir est fondamental, tout comme les racines sont indispensables à l’arbre, il permet aussi d’engendrer la foi en Dieu, d’avancer sans crainte, de se construire en harmonie de relation.

Pour souligner l’importance du souvenir dans la construction de notre personnalité, Dieu se présente comme le référent : « Quand j'aurai rassemblé des nuages au-dessus de la terre, l'arc paraîtra dans la nue; et je me souviendrai de mon alliance entre moi et vous… » Genèse 9 : 13,14

Autrement dit, l’épreuve est suffisante, le déluge fait désormais parti du passé. Même si cette expérience douloureuse reste inscrite dans l’histoire de l’humanité, dorénavant Dieu se porte garant qu’elle ne se reproduira plus. Son nom ne pourra plus être rattaché à un acte destructeur(le déluge), mais à un symbole lumineux et glorieux qui l’engage dans le temps. Il faut que cette alliance soit visible pour tous les hommes et pas seulement pour une poignée de rescapés.

Dieu réactive la beauté d’une relation d’amour consentie avec ses créatures. Il reprend l’initiative d’un dialogue abandonné par les hommes, il affirme sa fidélité quels que soient les orages à venir. Les animaux, compagnons des hommes sont aussi concernés.

 

Cet arc dans la nue nous en dit un peu plus sur la personnalité du divin. Il nous parle. Il nous dit sa proximité, sa bienveillance. Il nous renseigne sur l’attention qu’il nous porte (c’est souvent après un orage que l’arc-en-ciel parait).

Cet arc nous parle d’une alliance nécessaire. Cette dernière nous parle de protection et de sécurité, c'est-à-dire, des conditions optimales au bon développement spirituel de chacun. De plus l’engagement de Dieu s’étend  jusqu’au fond des âges, c'est-à-dire, la fin des temps.

Tout l’enseignement pédagogique de Dieu avec l’image de l’arc dans la nue, converge vers la réalité suivante : Dieu veut recréer du lien avec l’humain.

« L'arc sera dans la nue; et je le regarderai, pour me souvenir de l'alliance perpétuelle entre Dieu et tous les êtres vivants, de toute chair qui est sur la terre. » Genèse 9 : 16

 

Actons le fait que c’est Dieu qui prend l’initiative d’établir une nouvelle alliance avec les humains. En continuité et en pleine cohérence, Dieu enverra par la suite son messager, son fils, pour nous rappeler cette vérité. Cette lumière indescriptible qui émane de Dieu a été résumée par le mot gloire :

 «  Et la parole a été faite chair, et elle a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité; et nous avons contemplé sa gloire, une gloire comme la gloire du Fils unique venu du Père.  Jean 1 : 14

 

Cette gloire a commencé à s’inscrire dans le ciel par un arc multicolore, sublime et grandiose. (Quand certains juifs voient cet arc-en-ciel, ils récitent la bénédiction « Zokhère habrith » pour rendre hommage à Dieu. Il en va de même de certains chrétiens. Une prière de reconnaissance jaillit de leur cœur et s’élance vers le Créateur)

 

Comme la plante se tourne  instinctivement vers la lumière, les humains auraient dû à la vue de ce signe se tourner vers celui qui en est la source. Malheureusement ce ne fut pas le cas et cela perdure encore de nos jours. « La lumière étant venue dans le monde, les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière… » Jean 3 : 19

A notre tour si l’on cherche à décomposer les 7 couleurs de l’arc-en-ciel, nous pouvons établir un parallèle avec  les 7 temps de l’alliance de Dieu avec les humains.

 

Autrement dit les 7 grandes étapes qui jalonnent un développement positif de la personne.

 

  1. Temps de l’alliance avec Adam avant la chute
  2. Temps de l’alliance après la chute
  3. Temps de l’alliance avec Noé
  4. Temps de l’alliance avec Abraham
  5. Temps de l’alliance avec Moïse au Sinaï
  6. Temps de l’alliance avec le peuple d’Israël
  7. Temps de l’alliance avec le roi David

 

Toutes ces alliances avaient pour objectif de faire évoluer la conscience humaine vers une relation aboutie. En fait, elle se résume en une seule : La nouvelle alliance avec le Christ.

La progression de l’enseignement pédagogique de Dieu pourrait se résumer ainsi. En parallèle avec les différentes alliances, on peut dire que la première avait pour objectif de mettre fin à un temps d’innocence, la deuxième de dépasser un temps de conscience, la troisième d’être assuré d’une protection sécuritaire, la quatrième de poser le fondement de la foi, la cinquième de construire le rapport à la loi, le sixième de marquer l’importance  du lien communautaire, et le dernier d’annoncer une royauté à venir : Jésus fils de David.

Conclusion :

De tout temps et sous toutes les latitudes de notre planète, le phénomène de l’arc-en-ciel a fasciné les esprits, au point qu’en dehors du récit biblique les explications les plus farfelues et fantaisistes ont servi des causes diverses. Ce logo (de l’arc-en-ciel) est, d’ailleurs, utilisé à des fins extrêmement variées.

Pour les croyants, qui accueillent les écrits des prophètes avec intérêt, cet arc dans la nue est le signe visible d’un projet bienveillant de Dieu pour l’homme. Les motivations d’amour de Dieu traduites par le terme d’alliance n’ont d’égale que la beauté des couleurs de l’arc qui apparaît dans le ciel après l’orage. Cela concerne tous les humains en quelque lieu où habitent.

Le but pédagogique avoué semble double. Il est d’une part  en regard d’un passé qu’il convient de ne plus reproduire (cf. Se tourner chaque jour uniquement vers le mal) et d’autre part en regard d’un avenir qui est à construire dans une relation de confiance avec Dieu qui est à l’origine de toutes choses. Dieu n’a pas utilisé que des mots, il s’est aussi servi d’images pour faire comprendre à celui ou celle qui s’ouvre à son message, le grand désir d’un Père : Vivre heureux avec ses enfants.  On peut bien sûr contester la valeur symbolique de cette interprétation, mais qu’adviendra-t-il de chacun si le final de l’histoire humaine prouve le bien-fondé de cette analyse ?

                                                                                     Jacques Eychenne

 

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