Paul écrit aux Galates

                                                          

                                                                   Introduction à  l' épitre au Galates

                                                                                

 

Introduction :

 

Parmi les lettres écrites par l’apôtre Paul, il en est une qui se distingue des autres par son contenu et par sa forme. Il s’agit de l’épître aux Galates. Le contexte dans lequel elle a été rédigée nous en dit longs sur les tensions qui existaient dans les premières communautés chrétiennes. Les origines diverses des premiers convertis au message du Christ mettaient en présence, deux groupes au passé historique bien différents. A la Pentecôte, les premiers chrétiens qui se convertissent sont d’origine juive (cf. Actes 2 :41). Puis,  la diffusion de la bonne nouvelle se propage en dehors d’Israël. Elle embrasse rapidement le monde dit païen, le monde gréco-romain. L’Asie Mineure, en grande partie la Turquie d’aujourd’hui, est alors interpellée par le côté novateur de la parole (celle de l’apôtre Paul dans cette région). Mais, les rapports fraternels entre Juifs convertis et païens convertis se détériorent peu à peu. Le vivre ensemble entre en tension. Les apôtres eux-mêmes doivent faire face à cette difficulté. Le laborieux consensus du premier Concile de Jérusalem (cf. Actes 15 :1-11) en témoigne. Nous sommes aux alentours des années 50. Pour que l’évangile du Christ s’enracine, il faudra beaucoup de temps, de patience et de conviction. Un homme incarne cette abnégation dans son ministère : L’apôtre Paul. Au travers de trois voyages dits missionnaires (cf. Actes 13 et 14 ; 16 ; 18), il ensemence des territoires allant jusqu’en Italie. L’apôtre Paul est un homme ardent et entier. C’est lui qui, avec l’aide de l’esprit de Dieu, va asseoir le message du Christ bien au-delà de la terre Sainte. Quelles sont les difficultés que l’apôtre a rencontrées ? Quel combat a-t-il mené pour faire triompher ce  qu’il avait reçu de Dieu ?

 

Développement :

 

Le premier obstacle que Paul doit franchir touche l’apôtre dans sa personne.

Sa vocation est plus ou moins ouvertement contestée. L’introduction de sa lettre nous confirme ce fait. Que nous apprend-elle ? 

«  Paul, apôtre, non de la part des hommes, ni par un homme, mais par Jésus-Christ et Dieu le Père, qui l’a ressuscité des morts, et tous les frères qui sont avec moi, aux Églises de la Galatie: que la grâce et la paix vous soient données de la part de Dieu, le Père et de notre Seigneur Jésus-Christ, qui s'est donné lui-même pour nos péchés, afin de nous arracher du présent siècle mauvais, selon la volonté de notre Dieu et Père, à qui soit la gloire aux siècles des siècles ! Amen ! » Galates 1 :1-5

 

Paul éprouve le besoin impérieux d’asseoir sa vocation :

 

  • elle ne peut pas être contestée. Il revendique le titre d’apôtre au même titre que les autres 12 apôtres rassemblés au départ à Jérusalem.
  • Sa mise à part n’est pas le fait des hommes. Par là même, il dit son indépendance par rapport au collège apostolique de Jérusalem, dirigé par Jacques et Pierre. (Entre les lignes, on peut même entendre que Paul se déclare le douzième apôtre, et que la nomination de Matthias, proposée par Pierre, était une erreur. Il est vrai que, par la suite, on n’entend plus parler de ce Matthias. Ce qui est loin d’être le cas de Paul). Sa vocation ne repose pas sur une cooptation quelconque de la part des dirigeants de Jérusalem, le quartier général.
  • Son autorité lui vient directement de Jésus-Christ et de son Père. Qui peut contester une telle affirmation !   
  • A défaut d’avoir été le témoin direct de la résurrection du Christ, c’est par révélation qu’il atteste son adhésion sans réserve à cet évènement capital. (le sacrifice du Christ fonde notre délivrance par rapport au péché. Il atteste cette vérité par la résurrection du Christ, sauveur du monde.)
  • Enfin, il fait référence à tous les frères qui le soutiennent en Galatie (ce sont des membres de l’Eglise qui sont à ses côtés. Nous dirions aujourd’hui des frères et sœurs. C’est par lui qu’ils ont reçu l’évangile de la grâce, dans leur cœur).

 

Son autorité bien posée, non pour sa gloriole personnelle (cf. Galates 6 : 14), mais par amour pour la cause qu’il défend, Paul va aborder la deuxième catégorie de difficultés. Elles concernent ceux qu’il a déjà enseignés, ceux qui ont adhéré à ce message de la bonne nouvelle d’un Christ ressuscité.

« Je m'étonne que vous vous détourniez si promptement de celui qui vous a appelés par la grâce de Christ, pour passer à un autre évangile. Non pas qu’il y ait un autre évangile, mais il y a des gens qui vous troublent, et qui veulent altérer l'Évangile de Christ. Mais, si nous-mêmes, si un ange du ciel annonçait un évangile s'écartant de celui que nous vous avons prêché, qu'il soit anathème ! Nous l'avons dit précédemment, et je le répète à cette heure : si quelqu'un vous annonce un évangile s'écartant de celui que vous avez reçu, qu'il soit anathème ! » Galates 1 : 6-8

 

(Avant d’aborder le reproche de Paul, disons un mot sur ces Galates ? Qui sont-ils ?  Si vous faites des recherches historiques, vous vous apercevrez qu’au départ ce sont des guerriers Gaulois. Ils ont envahi l’Anatolie  3 siècles avant Jésus-Christ. En 263 av .J.C. ils envahissent l’Asie Mineure. Ils détruisent la plupart des cités grecques et s’installent en Anatolie, l’actuelle et presque complète Turquie. Au caractère impétueux, ces Gaulois ont subi progressivement l’influence de la culture grecque. C’est la raison pour laquelle les historiens parlent de Gallo-Grecs. Au temps de l’apôtre, la Galatie est sous domination romaine. Les Romains conquièrent l’Anatolie de 88 à 63 av. J .C .  L’histoire de ces proches ancêtres les Gaulois nous rend cette épître encore plus intéressante.)

 

Revenons maintenant à l’invective de Paul. Elle met en évidence un sérieux problème. Paul parle d’un « autre évangile ». C’est fort ! Plus tard on apprendra dans sa lettre que des gens venus de l’extérieur, certainement des pharisiens de Judée, veulent forcer les Galates à se faire circoncire (cf. Galates 6 : 12)

Autrement dit, le rapport entre la loi et la grâce est posé comme condition de salut. Paul est peiné et contrarié. Il perçoit ces informations comme un danger. Le sujet est à ce point sensible qu’il va prendre la plume pour rédiger cette lettre de sa propre main (ce qui est rare dans ses autres lettres. D’ordinaire, elles étaient rédigées par un secrétaire, sous sa dictée) (cf. Galates 6 : 11)

Le fait que ces Galates se soient si promptement détournés du saint évangile est un reproche qu’il formulera différemment dans la lettre aux chrétiens d’Ephèse. Là, il recommandera positivement de ne pas se laisser « emporter à tout vent de doctrines" Ephésiens 4 : 14. Les Galates sont-ils des girouettes ?  Ont-ils été trop perméables au discours de ceux qui, venus après l’apôtre, ont contredit l’espérance qu’il avait suscitée ? Est-ce le dernier qui parle qui a raison ? Paul les tance assez vertement pour les rapporter au bon sens et à la raison afin qu’ils discernent où est la vérité. Par le « nous-mêmes » il associe aussi l’enseignement de ses compagnons de service. La démonstration de l’apôtre est puissante. Tout entier dans ses certitudes, il ne craint pas de les opposer à celle d’un ange annonçant un autre évangile. Cette phrase laisse entendre que la nature du combat ne concerne pas seulement les humains. Aux Ephésiens, il dira : « car nous n'avons pas à lutter contre la chair et le sang, mais contre les dominations, contre les autorités, contre les princes de ce monde de ténèbres, contre les esprits méchants dans les lieux célestes. » Ephésiens 6 : 12

 

Face à cette situation, Paul est forcé de rappeler la primauté de la grâce. Les Galates ont été « appelés par la grâce du Christ ». Il parle d’anathème. Il concerne ceux qui s’écartent de l’évangile du Christ. Anathème équivaut à être déchu de la grâce.

Ainsi se dessine le thème principal qui sera traité dans cette lettre. Faut-il opposer la loi et la grâce ? Est-ce que le salut de l’homme dépend de son obéissance ou de sa foi ? En d’autres termes, l’humain peut-il gagner son salut par des œuvres ? Le débat demeure. Elles sont encore nombreuses les prédications centrées sur la nécessité du faire ! Sommes-nous toujours conscients du danger d’orgueil ? Ne revendique-t-on pas le salut comme une récompense de notre bonne conduite ? Comprend-on que cela équivaut à adhérer à un autre évangile ? Peut-il y avoir plusieurs évangiles ? Paul est catégorique : N’est-ce pas !

 

Pour un chrétien versé dans la connaissance du message libérateur du Christ, le sujet de la primauté de la grâce, semble n’être que répétition. Et pourtant ? En prenant le temps d’une réflexion approfondie, on peut se rendre compte que la réalité de nos comportements démontre le contraire. Peut-on être convaincu de n’être sauvé que par la grâce de Dieu, tout en agissant comme si nos œuvres avaient une valeur méritoire ? N’avons-nous pas au fond de nous cette autre conviction que nos actions pèseront dans la balance du jugement pour obtenir notre salut ? Est-ce que, quelque part, notre vanité ne nous dit pas que Dieu tiendra compte de tout ce que nous aurons fait pour lui ? (et qui en fait était pour nous) en d’autres termes, n’avons-nous pas tendance à mettre en avant ce que nous faisons pour Dieu ? Une relecture régulière du passage de la lettre adressée par Paul aux Corinthiens semble nous être nécessaire (cf. 1 Corinthiens 13)

Pour que la sainte audace de l’apôtre ne soit pas perçue comme une bouffée d’orgueil, Paul dans le contexte de la grâce va devoir préciser sa position.

 

Et maintenant, est-ce la faveur des hommes que je désire, ou celle de Dieu ? Est-ce que je cherche à plaire aux hommes ? Si je plaisais encore aux hommes, je ne serais pas serviteur de Christ. Je vous déclare, frères, que l'Évangile qui a été annoncé par moi n'est pas de l'homme; car je ne l’ai ni reçu ni appris d’un homme, mais par une révélation de Jésus-Christ. Vous avez su, en effet, quelle était autrefois ma conduite dans le judaïsme, comment je persécutais à outrance et ravageais l'Église de Dieu, et comment j'étais plus avancé dans le judaïsme que beaucoup de ceux de mon âge et de ma nation, étant animé d'un zèle excessif pour les traditions de mes pères. Mais, lorsqu'il plut à celui qui m’avait mis à part dès le sein de ma mère, et qui m'a appelé par sa grâce, de révéler en moi son Fils, afin que je l’annonce parmi les païens, aussitôt, je ne consultai ni la chair ni le sang, et je ne montai point à Jérusalem vers ceux qui furent apôtres avant moi, mais je partis pour l'Arabie. Puis je revins encore à Damas. Trois ans plus tard, je montai à Jérusalem pour faire la connaissance de Céphas, et je demeurai quinze jours chez lui. Mais je ne vis aucun autre des apôtres, si ce n'est Jacques, le frère du Seigneur. Dans ce que je vous écris, voici, devant Dieu, je ne mens point. J'allai ensuite dans les contrées de la Syrie et de la Cilicie. Or, j'étais inconnu de visage aux Églises de Judée qui sont en Christ; elles avaient seulement entendu dire: Celui qui autrefois nous persécutait annonce maintenant la foi qu'il s'efforçait alors de détruire.

Et elles glorifiaient Dieu à mon sujet. Galates 1 : 10-24

 

Dans son plaidoyer pour la défense de l’évangile de la grâce, Paul n’hésite pas à donner son témoignage. Qu’on ne s’y trompe pas ! S’il accomplit la mission qui lui a été confiée, ce n’est certes pas pour une gloriole personnelle. L’apôtre définit même un principe intangible : Celui qui veut plaire aux hommes ne peut être serviteur de Dieu. Quand on a pour vocation de publier l’évangile du Christ, la seule approbation qu’il nous faut rechercher est celle de Dieu. C’est effectivement en étant libre du jugement d’autrui que l’on peut le mieux se concentrer sur l’essentiel en Christ.

Paul met en garde ses auditeurs et lecteurs. Ses paroles et ses écrits ne sont pas de son seul fait. Ils viennent directement de Dieu, même si l’apôtre demeure le moyen par lequel cette proclamation s’opère. Du coup son interpellation arrive jusqu’à nous. En conséquence, prenons garde de ne considérer les écrits des prophètes et des apôtres comme procédant de l’humain. Les rédacteurs et les initiateurs des écrits saints ne sont que des canaux par lesquels la mise en forme rédactionnelle de la révélation divine s’opère (cf. v. 12)

Pour asseoir la réalité de l’inspiration divine de ses écrits, Paul raconte comment le Seigneur a transformé le persécuteur de l’église du Christ en serviteur dévoué, zélé et ardent.

 

Son autocritique est sans complaisance. Elle est le témoin de son authentique conversion.

 

- Il reconnaît ses erreurs et s’accuse d’un zèle excessif dans la persécution des chrétiens. v. 14

- Il accueille la puissance de la grâce dans le fait qu’il a été « mis à part dès le sein de ma mère ». v.15. Il est l’enfant de la grâce, tout comme Jérémie dans l’ancienne alliance avec le peuple d’Israël (cf. Jérémie 1 : 5). Il n’est pas surprenant que cela devienne le thème principal de sa prédication.

– Son attachement à la tradition des anciens supplantait sa recherche de la volonté divine. 

- Il dut renoncer à lui-même « je ne consultai ni la chair, ni le sang » v.16. La chair et le sang symbolisent ce qui vient de l’humain dans son opposition à Dieu (cf. Jean 1 : 13 ; 1 Corinthiens 15 :50 ; hébreux 2 : 14)

  • Sa vocation commence comme pour bon nombre de serviteurs de Dieu (comme Moïse par exemple), par une mise à l’écart, une mise au vert. Sa relation à Dieu doit se construire dans le face à face. Il part, non pour se présenter aux apôtres à Jérusalem, mais seul pour l’Arabie. Deux ou trois ans après, il revient à Damas. Pourquoi Damas ? c’est peut-être revenir sur le chemin de la révélation. Se remettre en mémoire ce moment fabuleux. Fouler le lieu où tout a commencé, ravivé le souvenir. Quand nous sommes en souffrance et dans le doute, il est bon de revenir à la séquence de notre vie où tout a été lumineux avec Dieu.
  • Paul pendant ces trois ans, non seulement, a médité, mais il a certainement prêché en toute indépendance, sans rechercher l’aval des frères dirigeants de Jérusalem.

Ce n’est que trois ans plus tard que Paul se rend à Jérusalem pour rencontrer Pierre. Il reste 15 jours chez lui v.18. On imagine le contenu de leurs discussions… « Faire la connaissance de Céphas »(Le verbe ίστορεω peut aussi bien être traduit par rendre visite, s’informer de.) Paul ne vient pas pour rendre des comptes à Pierre, mais pour parler de l’œuvre de Dieu. C’est une sorte de réunion de travail. Ils parlent d’égal à égal. Ce commentaire semble s’inscrire dans tout le contexte de sa mission divine. (Par la suite, il rencontre Jacques, le frère du Seigneur, le grand responsable à Jérusalem. Pierre était l’ancien respecté, Jacques était « le patron » à Jérusalem.)

Comme pour attester la véracité de son témoignage, Paul croit bon de rajouter : « en vous écrivant cela, je le dis devant Dieu, je ne mens pas. » v.20. Il me semble qu’il convient de mettre en parallèle son insistance à prouver la véracité de son témoignage avec la phrase : « avec quelle frénésie je persécutais l’Eglise de Dieu et je cherchais à la détruire. »v.13 (version la T.O.B). Paul a dû lutter contre toutes les calomnies qui couraient à son sujet. C’est grâce à l’action de Dieu dans les cœurs que l’opinion des fidèles a été modifiée. Les chrétiens de Jérusalem pouvaient dire : « Celui qui autrefois nous persécutait annonce maintenant la foi qu’il s’efforçait alors de détruire. Et (ils) glorifiaient Dieu à mon sujet »v.24

 

Conclusion :

 

Cette lettre de l’apôtre Paul, envoyée certainement d’Ephèse aux chrétiens de la Galatie, (province octroyée à des Gaulois), nous intéresse à plus d’un titre. D’emblée, elle nous présente les difficultés théologiques des premières communautés chrétiennes. Mais, avant tout, elle nous révèle un personnage hors du commun, choisi par Dieu pour porter la foi chrétienne en Galatie. N’oublions pas que c’est par le ministère de l’apôtre Paul que l’Europe a pu adhérer à l’enseignement de Jésus-Christ, mort et ressuscité pour nos péchés.

Toute la vocation de l’apôtre s’inscrit en faux contre cette accusation insidieuse et méprisante de vouloir « plaire à des hommes. » Aurait-il pu souffrir tout ce qu’il a souffert pour ce seul motif ! Le choix de Dieu, à l’évidence, est judicieux. L’apôtre n’est pas le produit d’un suffrage populaire. Il ne reçoit pas des ordres de mission du collège des apôtres. Il est directement mandaté par Dieu et par son Christ. Il fallait un homme de cette trempe pour lancer les bases d’un enseignement révolutionnaire… 

La fois prochaine nous aborderons les autres chapitres. Ils décrivent les tensions humaines, font référence à ce fameux concile à Jérusalem en l’an 50 environ, et ils nous plongent dans l’enjeu de l’opposition théologique majeure entre la loi et la grâce. A suivre…

                                                                                     Jacques Eychenne

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