Evangile sans frontière

 

 

 

 

 Evangile sans frontière

                                 ou

    le témoignage d’un romain

         Actes 10 : 1-8

 

 

Introduction :

 

Dès l’origine de l’histoire de notre humanité, Dieu a révélé son projet. Il a manifesté le désir de le transmettre à toutes les générations à venir. Ce lien quasi affectif qu’il a voulu créer avec chaque habitant de cette planète, laisse transparaître sa volonté de partager un message universel. Pour attiser nos réponses d’adhésion à un tel projet, Yahvé-Adonaï a utilisé une variété exceptionnelle de moyens et de personnes :

 

« Après avoir, à maintes reprises et sous maintes formes, parlé jadis aux Pères par les prophètes, Dieu, en ces jours qui sont les derniers, nous a parlé par le Fils, qu'il a établi héritier de toutes choses, par qui aussi il a fait les siècles. »  Hébreux 1 : 1-2, version Bible de Jérusalem.

 

Dieu n’a pas dit : « voici je vous donne la vie, débrouillez-vous maintenant ! ». Dieu n’a pas cessé d’intervenir pour préciser ses volontés. L’utilisation de l’adverbe (Πολυμερῶς = Πολυ-μερος, plusieurs reprises. Action répétitive en plusieurs parties, séquences,  avec diversité de moyens),  associé à un autre adverbe (πολυτρόπως = πολυ-τρόπος = de bien des manières, faisant appel à une variété de directions, de tournures et d’attitudes), en dit long sur l’intention du Père vis-à-vis de ses enfants. A vrai dire, à l’examen sérieux de toutes les révélations divines, on acte avec précision l’objectif : définir par amour le cadre du bien-vivre de chacun. Dans sa communication, Dieu a choisi des individus ouverts à son action, puis un peuple, puis un petit groupe d’hommes, et de nouveau des individus à travers toutes les nations. L’envoi de Jésus-Christ est la pierre d’angle de l’édifice de tous les appelés  (ἐκκλησία = ceux qui sont appelés par le Christ, cf. Matthieu 16 : 18). Mais l’humain a toujours voulu s’approprier le privilège de l’élu. De ce fait, il a souvent  voulu se reconnaître comme seul détenteur de la compréhension des volontés célestes (en tant qu’individu ou peuple élu). Au lieu de considérer le partage des vérités spirituelles comme un honneur, les humains ont eu, de tout temps, la tentation de confisquer ce trésor à ceux qui l’ignoraient.

Voilà pourquoi, Jésus-Christ est venu renverser ces codes teintés d’ostracisme (exclusion d’un groupe quelconque). Il a ouvert les portes d’une bergerie universelle.

 

On pense couramment que la naissance de l’église chrétienne a modifié cet état d’esprit et produit tout naturellement un décloisonnement de la diffusion de la parole divine. Il n’en fut rien. Bien sûr, les chrétiens ont reconnu en Yéchoua le Messie promis, mais la majorité des chrétiens, issue du monde juif, a eu beaucoup de mal à accepter que ce nouvel évangile concerne toutes les nations. Si Dieu par le Saint-Esprit n’était intervenu puissamment, l’histoire se serait répétée, et on se serait contenté  d’un enseignement secret pour initiés. On aurait recommencé à confisquer la bonne nouvelle au monde. Il a fallu la Pentecôte (cf. Actes 2), pour que tous les peuples entendent ce message d’espoir ; il a fallu que Dieu agisse au travers de personnalités ouvertes, comme le diacre Philippe, pour que des samaritains adhèrent au message du Christ (cf. Actes 8). Et encore, avec ce même Philippe, il a fallu qu’un ange intervienne pour qu’un ministre des finances éthiopien devienne messager auprès des siens.

Aujourd’hui, nous allons voir les efforts persévérants que Dieu a dû déployer pour que l’apôtre Pierre oriente aussi son ministère vers les païens (non juifs) et intègre complètement cette réalité.

 

Comment Dieu a-t-il préparé ce bouleversement dans les habitudes ?

 

Par une révélation à « un païen » qui occupait par la force la Palestine. C’est un drôle de choix provocateur, ou tout au moins  gênant pour l’institution juive de l’époque !

Ce processus impulsé par l’action du Saint-Esprit, va conduire, inévitablement mais progressivement  les apôtres, à la convocation du premier concile à Jérusalem pour définir une position commune (cf. Concile de Jérusalem en l’an 50 de notre ère). Elle aura toutefois bien du mal à s’installer dans les faits (cf. Actes 15). Le ministère de l’apôtre Paul en sera la démonstration  (cf. Actes 13 : 44-52).  

 

Développement :

 

Mais examinons maintenant le texte d’Actes 10 : 1-8.

On apprend que dans la ville de Césarée, principal port romain dans les liaisons avec l’Italie, lieu de résidence du procurateur romain, capitale administrative de la province, un centurion du nom de Corneille craignait Dieu avec toute sa famille. On verse déjà dans l’étonnement ! Ce personnage était responsable de la cohorte appelée « italique ». Il était responsable de plusieurs dizaines, voire d’une bonne centaine d’hommes aguerris. Cette cohorte était principalement constituée d’Italiens. Ils avaient pour tâche d’être le cordon ombilical entre Rome et la Palestine. Ils étaient chargés du maintien de l’ordre dans cette province romaine rebelle. Ils avaient dû être triés sur le volet pour parer à toute insurrection. L’acheminement des troupes d’occupation, le transit des esclaves et des prisonniers, tout était sous leur contrôle. Rappelons que pour les Juifs de Jérusalem, les Romains étaient des occupants à poigne. Tout en eux était de fer : discipline, organisation, autorité etc.  Or le texte met en évidence que ce centurion était pieux (ευσεβης = pieux cf. Actes 10 : 2,7 ; 2 Pierre 2 : 9), autrement dit qu’il était dans le respect de Dieu. Il avait fait le choix du Dieu unique en délaissant les dieux païens de sa nation. Il faisait partie des craignant Dieu. Cette expression désignait plus généralement les non juifs, sympathisants du judaïsme. Ils se différenciaient des prosélytes par le fait qu’ils n’étaient pas circoncis (cf. Actes 2 :11). Leur adhésion au Dieu unique d’Israël relevait de l’exploit.

Mais le texte nous surprend encore plus, quand on apprend que ce centurion agissait avec amour en faveur du peuple d’Israël opprimé (cf. Actes 10 :2, Le mot grec ελεημοσυνη = don d’amour, don charitable, donner des aumônes). De plus, il priait constamment (Litt. en tout temps).

 

La première question qui nous vient à l’esprit est la suivante : comment cet homme pouvait-il concilier son travail avec sa foi ?

Ce qui paraissait incompatible avec l’éclosion de la foi en milieu païen est pourtant devenu réalité chez ce serviteur du pouvoir romain. Pourtant, quand on lit les descriptions des historiens concernant l’armée romaine, un comportement, tel que celui de notre centurion, paraît inconcevable. Et cependant, cet homme était dans la cohérence de sa foi et de ses actes. Cela relève de l’incroyable ; il n’en demeure pas moins qu’on est sur le terrain du réel et du vrai. Alors, disons-le tout net, ne faudrait-il pas se garder de tout jugement sur la situation des gens en recherche de Dieu ?

Non seulement ce centurion avait fait un choix de relation avec Dieu, mais qui plus est, il avait entraîné, par son témoignage, toute sa famille derrière lui.  C’est donc avec une certaine stupéfaction que nous découvrons un authentique leader spirituel.

« Avec toute sa maison, il était pieux... » En fait dans l’original, c’est le mot οικος = maison d’habitation. « Sous son toit, outre la famille, il faut ajouter les serviteurs, souvent les esclaves ou affranchis, ou toute personne se mettant sous sa protection » (cf. note Bible Segond révisée, p. 1445 //  Actes10 : 2).

Le témoignage de cet homme est donc exceptionnel et admirable. Il n’a pas craint d’affirmer sa foi en un Dieu qui était différent de ceux des Romains. Il n’a pas craint de perdre sa fonction, sa situation. Tout comme le ministre éthiopien (cf. Actes 8), Il a agi simplement et au grand jour. C’est pourquoi, Dieu a vu le besoin de son cœur et y a répondu.

« L’homme regarde à ce qui frappe les yeux, mais l’Eternel regarde au cœur. » 1 Samuel 16 : 7.

Ainsi, ce simple récit ouvre des perspectives intéressantes. Il démontre, à qui veut prendre le temps de bien voir, que ceux qui cherchent sincèrement Dieu, le trouvent.  

 

« Vers la neuvième heure du jour, il vit clairement en vision, un ange entrer chez lui et lui dire : Corneille ! Il le fixa et, saisi de crainte, il lui dit : Qu’y a-t-il, Seigneur ? » Actes 10 :3-4, Version Nouvelle Bible Segond.

 

Notre centurion a eu vers 15h de l’après-midi une vision. La Bible  relate de nombreuses fois ce fait.  Le livre des Actes est très prolixe en la matière, il n’y a donc rien d’étonnant sur ce fait. (cf.9 : 10 ;10 : 3,17,19 ;11 : 5 ;12 : 9 ;16 : 9 ;18 : 9 ;22 : 17 ;23 : 11 ;27 : 23). Dans certains cas, Il est impossible de savoir si la vision relève du domaine du virtuel ou du réel. Par contre, ce qui est sûr, c’est qu’ici le centurion voit réellement et entend la voix. Les termes grecs sont sans équivoque, notre centurion voit. D’ailleurs l’adverbe supprime toute ambigüité (φανερώς = manifestement, visiblement, ouvertement, cf. Marc 1 : 45 ; Jean 7 : 10). Et non seulement il voit un ange entrer chez lui, mais il entend prononcer son nom : Corneille !

Assurément, il y avait de quoi être impressionné ! D’ailleurs, Corneille est tout craintif ne sachant pas ce qui va arriver. Pourtant, il fixe l’ange (il le décrira comme un homme en habit  resplendissant, cf. v.30) et lui dit : « qu’y a-t-il Seigneur » ou plus littéralement «  qu’est-ce Seigneur ».

Ce mot de Seigneur est-il un générique de respect ? Une reconnaissance d’un personnage qui relève du divin ? Ou, en fonction des derniers évènements passés à Jérusalem, un moment fort de rencontre avec celui qu’il ne connaît pas encore et que l’on appelle le Seigneur Jésus, le roi des Juifs ? Peut-être un peu de tout cela ?

Il est clair qu’une initiative de contact est prise par cet être merveilleux qui l’appelle par son nom. (Ce qui a dû lui faire tout drôle ! un peu comme Nathanaël appelé par son nom par Jésus). Il ressort toutefois de ce détail que nous sommes tous connus individuellement par notre nom. Cette marque d’attention est peut-être la meilleure démonstration que Dieu est en désir de relation personnelle. Et cela sous-tend, un bon projet pour chacun.  

Le côté touchant de la situation est que notre centurion, habitué qu’il est à donner des ordres, répond au quart de tour, à l’appel de son nom. De même dans nos vies et aujourd’hui encore, Dieu cherche à entrer chez nous pour nous parler et nous faire découvrir un autre sens à la vie...  

« L’ange lui dit : tes prières et tes actes de compassion sont montés devant Dieu, et il s’en est souvenu. Envoie maintenant des hommes à Joppé et fais venir un certain Simon surnommé Pierre ; il loge chez un autre Simon, qui est tanneur et dont la maison est au bord de la mer. Dès que l’ange qui lui avait parlé fut parti, Corneille appela deux de ses domestiques et un soldat pieux parmi ceux qui lui étaient attachés ; après leur avoir tout raconté, il les envoya à Joppé. » v.4-8,  version N.B.S.

 

La réponse de cet ange nous fait entrevoir la raison profonde de l’intervention de Dieu dans la vie de ce centurion. Dieu a entendu les prières de cet homme de paix, tout guerrier qu’il était, et a vu les actes de compassion qu’il prodiguait. Autrement dit, rien n’échappe au regard bienveillant du Tout-Puissant. « Chacun, esclave ou homme libre, recueillera du Seigneur le bien qu’il aura lui-même fait » Ephésiens 6 : 8.

Demander à Dieu de nous éclairer dans nos choix de vie et les actions de notre quotidien, apprendre à faire le bien non pour être vu des hommes, mais par besoin ou par plaisir, tel est le sens profond de la prière et de ses conséquences pratiques. C’est le philosophe Alain qui disait : « Aimer, c’est trouver sa richesse hors de soi. » Les croyants pourraient rajouter : « et en Dieu ». Tisser des relations sincères avec le Créateur, c’est se ressourcer pour mieux vivre dans l’aujourd’hui...

 

Mais revenons à notre récit. Dieu s’est souvenu... La mémoire de nos ordinateurs est une pâle copie de la capacité d’amour et de mémoire de Dieu. Même dans la mort nous ne sommes pas oubliés, nous demeurons toujours vivants pour notre Père-Eternel, et il nous redonnera vie, à la résurrection, lors de son retour. Nous n’avons aucune crainte à avoir à ce sujet, sinon d’oublier de lui faire totalement confiance.

 

Ce centurion vivait sa foi d’une façon générale, et Dieu va lui permettre d’approfondir sa foi, et de mettre un nom sur l’auteur de son salut. Pour cela, Corneille doit dépêcher des messagers pour aller chercher l’apôtre Pierre. On est frappé par la précision de cet ordre de mission. Que de détails ! Rien n’est laissé au hasard... Joppé est aussi un port du côté du sud, vers le midi, à quelque 60 km  environ de Césarée. Corneille ne pose aucune question complémentaire, il obéit sur-le-champ. L’ange lui donne le nom de la personne qu’il doit aller trouver. Il précise le nom ancien : Simon, (certains continuaient à l’appeler ainsi ; c’est aussi le cas de l’apôtre Jacques au premier concile de Jérusalem cf. Actes 15 : 13-14) et le nom nouveau, celui que le Seigneur lui avait donné : Pierre (cf. Luc 6 :14, Jean 1 : 42). Peut-être aussi que la précision était rendue nécessaire par le prénom du propriétaire de la maison chez qui Pierre dormait. Il s’appelait aussi Simon, il était tanneur et avait sa maison au bord de la mer. Ce devait donc être facile à trouver. Notons au passage que l’apôtre Pierre, faisait partie de ces gens simples qui s’adaptent facilement. Pour avoir visité des tanneries à ciel ouvert au Maroc, je peux dire qu’il faut avoir le cœur bien accroché pour supporter l’odeur. Heureusement la proximité de la mer devait atténuer l’effet pestilentiel...

L’ange parti, Corneille agit. Il appelle deux οικετης (esclave, serviteur ou domestique Cf. Luc 16 : 13) auquel il adjoint un soldat trié sur le volet. Un homme complètement dévoué à sa cause, et qui plus est, partage sa foi. On voit le sens de l’organisation chez Corneille, rien n’est laissé au hasard. Et comme pour les motiver, notre centurion leur raconte sa vision. Cela laisse entendre qu’il fut le seul à la voir, puisque les serviteurs étaient aussi dans la maison. Il fallait peut-être convaincre les serviteurs qu’il n’avait pas été l’objet d’une hallucination ou autres manifestations de ce genre. C’est sûrement la raison pour laquelle notre récit utilise le verbe εξηγέομαι qui peut être traduit par raconter, mais aussi par expliquer, présenter, dans le sens de faire connaître (cf. Jean 1 : 18).  Pour ce chef militaire, habitué à traiter tous les aspects de maintenance de l’occupation du territoire d’Israël, il a fallu assurément beaucoup   d’humilité et de foi pour s’ouvrir ainsi à ses subordonnés !  Cet homme a vraiment expérimenté le dicton biblique : « c’est de l’abondance du cœur que la bouche parle. » (cf. Matthieu 12 : 34). 

 

Conclusion : 

 

Ce récit,  présenté dans le livre des actes des apôtres, contribue à souligner le tournant capital pris  par l’Eglise chrétienne dans sa mission face au monde. Après la conversion de l’eunuque d’Ethiopie (cf. Actes 8 : 26-40), nous assistons à l’amorce de la conversion d’un païen romain. En répondant aux  prières de Corneille, Dieu a montré qu’il était à l’écoute de tous ceux et celles qui sont en recherche. Le fait que « des païens » soient apparemment loin de la foi, n’empêche pas Dieu d’agir et de répondre à leur attente sincère.

Cette histoire met  aussi en relief le fait que la pratique religieuse n’est pas suffisante. Elle nécessite une révélation dans la découverte d’un sauveur personnel. Corneille était dans le désir d’aller au-delà de sa situation présente, il aspirait à un engagement d’une portée plus spirituelle. Il voulait en savoir davantage... Tous ceux et celles qui veulent s’approprier les bienfaits du projet de Dieu, trouveront avec l’aide du Saint-Esprit l’occasion d’approfondir leur foi et d’expérimenter une relation personnelle avec l’auteur de leur salut. Quand on a entrepris la marche de la foi, le champ de découverte est quasi permanent. Dès lors, on ressent la nécessité d’aller au-delà des formes, des rites, des dogmes, de tout ce qui se fige. L’aventure de la foi, c’est comme une cueillette de fleurs champêtres quand on traverse de belles prairies pour en faire un beau bouquet de joie, d’amitié, de plaisir des yeux et de bonheur.

Une fois de plus, cette histoire est le témoignage patent de l’accomplissement de la volonté de Dieu dans la marche générale de l’histoire des hommes. En effet, sans l’intervention divine par les divers ministères (ceux des anges et de l’Esprit saint) aucune diffusion mondiale de cette histoire du salut n’aurait été possible. Le fait que Dieu ait cette autorité, est une garantie pour tous ceux qui veulent espérer en ses promesses certaines. N’oublions jamais cette affirmation de l’apôtre Paul, le témoin par excellence du projet divin pour notre humanité : « L’espérance ne trompe point, parce que l’amour de Dieu est répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné. » Romains 5 : 5  et ailleurs du même auteur : «  Nous savons, du reste, que toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu... » ou, suivant d’anciens manuscrits : « Dieu fait agir toutes choses ensemble pour le bien ... » Romains 8 : 28

 

« Que la foi, qui suffit à consoler les âmes, attise les feux d’un cœur faible au lieu de l’éteindre » George Sand, le secrétaire intime, 1834.  

 

 

                                                                               Jacques Eychenne

                                                                                          

 

 

 

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