Pourquoi deux lois ?

 

 

                                    Pourquoi la loi ?

 Galates 3

 

Introduction :

 

Nous avons dernièrement examiné les deux premiers chapitres de la lettre aux Galates. Nous avons vu que dans un premier temps l’apôtre Paul défend son ministère, puis aborde les difficultés que rencontrent les chrétiens de cette région de l’Asie Mineure. Ces croyants enseignés par Paul sont perturbés par des Juifs venus de Jérusalem. Ils enseignent la nécessité de pratiquer la circoncision comme condition de salut. Cette question pouvant provoquer un schisme au sein de ces communautés naissantes, Paul va réagir avec conviction. Au chapitre suivant, l’apôtre relate ses difficultés avec le comportement équivoque de l’apôtre Pierre dans sa relation aux païens. Ses invectives fraternelles éclaircissent la situation. Puis, il donne son témoignage pour attester que le principe de la justification par la foi ne se mérite pas. Tout est pure Grâce de Dieu. Maintenant, il va s’adresser directement aux Galates (cf. chapitre 3)

 

Développement :

 

« O Galates stupides, qui vous a envoûtés alors que, sous vos yeux, a été exposé Jésus Christ crucifié? » Galates  3:1, version TOB

L’apôtre ne mâche pas ses mots : stupides ou insensés, ou sans intelligence, dépourvus de sens, voilà quelques-unes des diverses traductions. Remarquons au passage que Jésus emploie le même qualificatif pour signifier l’incapacité des disciples d’Emmaüs à comprendre la nécessité de la mort du Seigneur Jésus (cf. Luc 24 : 25). Il s’agit moins d’un manque d’intelligence que d’un manque de foi des Galates. Ils ont perdu confiance un instant dans le message de Paul. Comment expliquer ce retournement ? Paul parle d’un procédé d’envoûtement ou d’ensorcellement. Cela paraît très fort, mais quand on y réfléchit à deux fois, on s’aperçoit que les Galates ont été séduits par ce qui était en vogue à Jérusalem, chez les Juifs nouvellement convertis au christianisme. Notons qu’il est plus facile de suivre un courant majoritaire que de le remonter à contre-courant. Le Seigneur lui-même s’est indigné auprès de ceux qui abandonnaient le commandement de Dieu au profit de leurs traditions humaines (cf. Marc 7 : 8-9)…

 

Le temps a passé, mais la séduction demeure toujours intacte. Les solutions de facilités bien accommodantes sont attractives.

 

Pourtant, l’apôtre Paul n’a pas ménagé sa peine pour leur présenter le principe de libération au travers du sacrifice du Christ. Paul a pris soin de « placarder » cette vérité sous leurs yeux. (Προγράφω= écrire auparavant, dépeindre ou peindre ouvertement, écrire sous les yeux de ceux qui peuvent lire, afficher).

On voit bien que l’apôtre cherche à rafraîchir leur mémoire. Il ne leur a rien caché de la vérité évangélique. Aussi poursuit-il  par une série de questions pertinentes (cf. Galates 1 : 2-5). Elles ont pour objectif de ramener les Galates à la raison. L’apôtre Pierre a utilisé la même méthode quand il cite le proverbe : « Le chien est retourné à ce qu’il avait vomi. » 2 Pierre 2 22 ; proverbe 26 : 11

 

Ces électrochocs salutaires passés, Paul va argumenter en citant l’exemple positif d’Abraham (cf. Abraham = Père d’une multitude) Ce patriarche, référent en Israël, a agi par la foi, et Dieu a accueilli sa démarche confiante en lui accordant sa bénédiction. Elle s’est étendue à toutes les nations et aux non-juifs. Si, donc, les Galates s’inscrivent dans une démarche de foi, ils sont aussi considérés comme enfants d’Abraham, en conséquence, les rituels juifs n’ont plus lieu d’être pratiqués. Ils ont part à la bénédiction. Un Ancien Testament bien compris contient en filigrane (surtout avec le prophète Esaïe) la libération de la condamnation de la loi. La foi dans les promesses divines libère l’homme du poids de sa culpabilité. Car le Christ a accepté, par transfert, la charge des péchés du monde (cf. Jean 3 : 17).

Du coup, concrètement, la question d’un choix fondamental entre la promesse et la loi est posée. Habilement, Paul fait remarquer à ses Galates que leur expérience est comparable à celle d’Abraham. Ce n’est pas la loi, mais la foi qui a fait avancer Abraham. Il a pris les promesses de Dieu au sérieux. Son acte de confiance peut être imité. C’est le choix que suggère Paul. C’est sur la base de la bénédiction donnée à Abraham que tout croyant qui vit la foi est accueilli par Dieu (cf. Galates 3 : 6-9)

 

Pour bien graver la primauté de la foi, Paul va démontrer que la seule observance de la loi mène à une impasse. Tous ceux qui s’appliquent à déployer maints efforts pour satisfaire les exigences de la loi, en pensant être sauvés par ce moyen-là  se condamnent à être déçus. Plus encore, Paul affirme qu’ils sont  sous le régime de la malédiction, ce qui est un comble pour qui veut plaire à Dieu (cf.  Galates 3 : 10). Le salut est une question de confiance, tout comme la confiance est source de bonne santé dans les relations humaines.

C’est pourquoi la foi en la Parole de Dieu est source de vie. Tout ce qui relève d’un principe légal est en marge de la foi. La foi n’a aucune valeur dans un cadre légal, elle lui est étrangère, « la loi ne procède pas de la foi » Galates  3:12 . Littéralement : « La loi n’est pas la foi », c’est clair. Toutefois si le texte les différencie nettement, il ne les oppose toutefois  pas « celui qui accomplira les prescriptions de cette loi en vivra. » Galates 3:12, version TOB.

Cette phrase anodine pose dès lors la question de l’utilité de la loi. Quel est son rôle ? Mais d’abord de quelle loi s’agit-il ?

Il faut se rappeler que la loi, édictée à Moïse est « survenue quatre cent trente ans plus tard » (cf. Galates 3 : 17) que la promesse faite à Abraham.

 

Cette loi recouvre un ensemble qu’il convient de préciser. 

 

 

La Bible nous présente deux lois. Elle les distingue nettement.

 

Toute  confusion  à cet égard entraîne une incompréhension de ce que le Christ a aboli à la croix.

Il y a la loi des 10 commandements, et il y a un ensemble d’autres lois appelé à régir le bon fonctionnement du peuple d’Israël.

L’une est écrite par Dieu lui-même dans la pierre au Sinaï (cf. Exode 32 : 16 ; 34 :28) ;

L’autre ensemble de lois est écrit par Moïse, sur des parchemins ou des peaux de bêtes (cf. Deutéronome 31 : 9,24).

L’une est placée dans l’arche de l’alliance (cf. mobilier le plus important du sanctuaire israélite) (cf. Hébreux 9 : 4 : 1 Rois 8 : 9) ; l’autre ensemble de lois était mis à côté de l’arche (cf. Deutéronome 31 : 24-26).

L’une est parfaite, sainte, juste, bonne, et royale. Elle est appelée loi de liberté et possède un caractère d’immuabilité… (cf. Psaume 18 :8 ; Romains 7 : 12,14 ; Jacques 2 : 8,12 ; Matthieu 5 : 17,18) ;

L’autre ensemble de lois est imparfait, impuissant et inutile, réservé qu’au peuple d’Israël. Il présente des ordonnances relatives au culte et au sanctuaire. Il a été aboli à la croix. (cf. Hébreux 10 : 1 ; 7 :12 ; Deutéronome 31 : 24 ; Hébreux 18, 9 :1 ; Colossiens 2 :14).

L’apôtre Paul a magistralement résumé cette profonde différence quand il écrit : « La circoncision n’est rien (elle relevait de l’ensemble de lois propres à Israël) et l’incirconcision n’est rien, mais l’observation des commandements de Dieu est tout »  1 Corinthiens 7 : 19

 

En résumé, il existe une loi morale universelle et un ensemble de lois qui régissait le bon fonctionnement d’un peuple.

Cet ensemble comprenait des lois d’hygiène et de santé (cf. Lévitique 11 à 15), des lois rituelles pour les sacrifices d’expiation (cf. ils devaient être préfiguratifs de la mort de l’agneau pascal. Lévitique 16 et 17), des lois concernant les finances (cf. Lévitique 27 : 30-32), des lois civiles (cf. Lévitique 20), des lois sur les responsabilités individuelles (cf. Lévitique 19). La liste n' est pas exhaustive...

 

En deux mots, la loi, décalogue ou 10 paroles, est universelle est intemporelle. L’autre ensemble de lois était utile au bon fonctionnement de la vie du peuple d’Israël. Il était source de vie dans le sens où il permettait un bien vivre temporel qui pouvait favoriser l’éveil de la foi.

 

Malheureusement, le problème que Paul va souligner est inhérent à la nature humaine. L’homme s’est saisi de son obéissance à la loi pour se justifier devant Dieu, en faisant valoir des droits. Paul va démontrer que dans la relation de foi, c’est Dieu qui justifie l’homme à travers le Christ. (cf. Galates 3 : 13)

La promesse faite à Abraham antérieur à l’apparition de la loi annonçait un salut par grâce. En relation, l’amour est plaisir et non devoir. La grâce est avant et après la loi. Elle l’encadre, comme l’amour des parents encadre l’éducation de leurs enfants.

 

Pourquoi la loi ?

 

Elle a pour objectif de sanctionner les transgressions. Elle fait office de miroir en nous renvoyant nos imperfections (cf. Jacques 1 : 23-25). Elle agit comme un test d’alcoolémie. Elle révèle une réalité et réactive notre responsabilité.

La loi est-elle contre les promesses de Dieu ? Paul répond « Loin de là ! » Galates 3 :21)

 

Si la loi n’est pas contre les promesses, comment, donc, comprendre son utilité ?

 

Le but de la loi, comme nous venons de le dire, est de mettre en lumière nos transgressions (cf. ce que la Bible appelle le péché cf. 1 Jean 3 : 4 ). Face au péché

nous sommes frappés d’attrition. Nous sommes comme broyés et  contraints de trouver une solution.

 

S’appuyant sur cette logique, Paul démontre que notre recours c’est Christ.

 

Autrement dit, la loi spirituelle a pour effet de nous conduire à celui qui peut seul résoudre nos problèmes, donc à Christ.  Paul confirme : « La loi a été comme un pédagogue pour nous conduire à Christ, afin que nous fussions justifiés par la foi. Galates 3:24   (παιδαγωγός = Pédagogue, tuteur, guide.  Chez les Grecs et les Romains le mot était appliqué aux esclaves dignes de confiance. Ils étaient chargés de veiller à la vie et à la moralité des garçons appartenant aux classes supérieures. Les garçons ne pouvaient faire le moindre pas hors de la maison sans ces tuteurs, tant qu'ils n'avaient pas atteint leur majorité.)

 

La bonne nouvelle est que le Seigneur Jésus nous a libérés du poids de la culpabilité. Tout a été construit dans l’Ancienne Alliance en vue de cet évènement capital. Voilà pourquoi Paul assoit son raisonnement sur le fait suivant : « Avant la venue de la foi, nous étions gardés en captivité sous la loi, en vue de la foi qui devait être révélée. » Galates 3 : 23, version TOB) (le verbe grec συγκλείω = enfermer ensemble, enclore, d'un banc de poissons dans un filet,  renfermer de tous côtés, fermer complètement comme l’ennemi dans l’enceinte des murs de sa cité).

 

Nous étions comme prisonniers d’une situation sans issue. Mais Christ nous a libérés. Désormais, nous sommes « tous fils de Dieu par la foi en Jésus–Christ » Galates 3:26  « Vous tous, qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu Christ. Il n'y a plus ni Juif ni Grec, il n'y a plus ni esclave ni libre, il n'y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus-Christ. Et si vous êtes à Christ, vous êtes donc la descendance d'Abraham, héritiers selon la promesse. » Galates 3:27-29

En résumé, les lois propres à Israël étaient censées conduire un peuple à sa vocation de porte-parole des messages de Dieu pour l’humanité. Ces lois sont intéressantes à analyser, Dieu n’a pas parlé en l’air. Chacun peut les examiner et retenir ce qui est toujours bon pour son temps (cf. « examinez toutes choses, retenez ce qui est bon » 1 Thessaloniciens 5 : 21) ;  par contre, le décalogue est universel, il s’adresse à tous les humains. (Jésus rappellera par exemple que le jour du repos, le sabbat, 4ème commandement, ne s’adresse pas qu’aux Juifs. « Le sabbat a été fait pour l’homme » Marc 2 : 27)

 

Dieu a donné des lois, dans quelle intention ?  Pour punir et sanctionner, ou pour éduquer et protéger ?

L’esprit qui conduit un législateur humain à composer une loi, traduit normalement une préoccupation de protection des plus faibles de la société. S’il en est ainsi pour les hommes, à plus forte raison, et d’une manière décuplée, en est-il  pour Dieu. La loi universelle a une triple fonction. Elle protège, révèle et guide. La loi universelle qui a servi de modèle à la rédaction de la charte des droits de l’homme, est comme le balisage de la route. Les panneaux préviennent des dangers, et en cela ils ont une fonction de protection. Le radar révèle les fautes de conduite. Les panneaux indiquent la bonne direction à prendre quand on sait où aller.

Spirituellement, il en est de même. La grâce de Dieu, c’est de la prévention routière. Le désir de Dieu est que chacun trace sa route sans accident. « Ce que je désire, est-ce que le méchant meure ? dit le Seigneur l’Eternel. N’est-ce pas qu’il change de conduite et qu’il vive ? » Ezéchiel 18 : 23 Paul dira ailleurs : «  Dieu veut que tous les hommes soient sauvés » 1 Timothée 2 : 4. Autrement dit, Dieu déploie toute une panoplie de mesures pour nous éviter des accidents, des sorties de route.

 

 

La loi véhicule donc une intention bienveillante de Dieu.

 

En pleine logique, il était impensable que le Seigneur Jésus vienne abolir ou abroger ces dispositions de sécurité ! Il aurait ouvert la porte à l’anarchie. Car l’absence de loi est vite comblée par la mainmise de l’homme. L’actualité quotidienne est éloquente sur ce point.  

Contrairement à une pensée courante, le Seigneur n’est pas venu détruire la loi universelle (cf. Matthieu 5 : 17-20). (abolir = καταλύω  = dissoudre, désunir ce qui a été joint ensemble, détruire, démolir. 1b) métaph. Renverser, c.à.d, rendre vain, priver de succès, amener au néant, renverser les institutions, formes de gouvernements, lois …) Certains pensent qu’en étant sous la grâce, on peut agir à sa guise sans restriction. C’est un leurre. Le Seigneur nous a éclairés sur la manière d’observer la loi universelle. Elle s’inscrit dans le respect de Dieu et du prochain. Développant l' esprit de la loi universelle, le Seigneur a déclaré :"Vous avez entendu qu'il a été dit: tu ne commettras pas d' adultère. Mais moi, je vous dis : Quiconque regarde une femme de façon à la désirer a déjà commis adultère avec elle dans son coeur " Matthieu 5 : 27,28

 

Le Seigneur est venu non pour détruire ce que son Père avait fait (cela eut été un non-sens, surtout quand l’évangile dit que le Père et le Fils ne sont qu’un, cf. Jean 10 : 30), mais pour accomplir sa volonté en montrant, comment il fallait se positionner par rapport à cette loi qui régit la relation à Dieu et au prochain. (Accomplir=πληρόω  = remplir, c.à.d. remplir jusqu'au bord, faire abonder, rendre plein c.à.d. compléter, remplir au sommet, à ras bord, rendre parfait, amener au bout, à la réalisation, c.à.d. faire que la volonté de Dieu, connue par loi soit obéie dans l’esprit de sa conception.) Si, donc, le Seigneur n’est pas venu rendre la loi caduque, par contre il a supprimé les conséquences des condamnations en livrant sa vie à notre place. « Car Dieu était en Christ, réconciliant le monde avec lui-même, en n'imputant point aux hommes leurs offenses, et il a mis en nous la parole de la réconciliation. »  2 Corinthiens 5:19. Nous sommes dégagés désormais de la condamnation de la loi. Cette libération n’est pas un blanc-seing pour agir selon notre bon vouloir. Elle est invitation à entrer dans l’esprit qui a conduit l’élaboration de cette loi universelle : l’Amour.

 

Conclusion :

 

En définitive, si la loi est encadrée par un avant et un après, par une promesse à Abraham et par l’évangile de Jésus-Christ, n’est-ce pas pour que nous comprenions que la loi ne peut être qu’un moyen de se positionner dans la relation à Dieu. Le but de la loi est de sanctionner, pas de sauver. Seulement, en mettant en évidence nos transgressions, elle nous projette concrètement dans les bras du Christ. Nul ne peut être juste devant Dieu, car personne ne peut être irréprochable  au regard de la loi. Ceux qui pensent gagner le ciel par des observances sont « sous la malédiction » Galates 3 :10. (malédiction=κατάρα = ce qui est exécrable, une imprécation, une malédiction)

L’apôtre Paul tient à indiquer aux Galates qu’ils sont sur une fausse piste en se plaçant sous le régime de la loi, comme le préconisaient les judaïsants chrétiens venus de Jérusalem.

L’exemple d’Abraham, choisi à propos, a pour objectif  de leur signifier que s’ils se reconnaissent disciples de Jésus-Christ, ils sont de la descendance d’Abraham, donc de la promesse. Cet héritage de la foi ne peut en aucune façon se conjuguer avec une observance salvatrice. Le salut procède de la grâce divine, elle-même fruit de l’amour.

C’est la raison pour laquelle, Paul va parler de la venue de Jésus-Christ au chapitre suivant.

A nous de ne pas reproduire l’exemple de ces Galates, ébranlés par des discours trompeurs. Demandons à Dieu le discernement pour marcher sur le chemin de la vraie vie.

 

                                                                                     Jacques Eychenne

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