L'Espérance

 

 

 

 

   

   l’ESPERANCE

                   ou

 la folie des amoureux             

  1 Corinthiens 1 : 18

 

            

                                   

Introduction :

 

L’histoire nous rappelle que Festus Porcius, lorsqu’il fut nommé procurateur (ou gouverneur) de la Judée voulut entendre l’apôtre Paul. Il avait été emprisonné à Césarée par son prédécesseur Félix. C’est à cette occasion que Paul en appela à César (cf. Paul avait aussi la citoyenneté romaine, Actes 25 : 12). Le roi Agrippa, de passage à Césarée avec sa femme Bérénice, voulut à son tour entendre ce fameux Paul. C’est pendant son interrogatoire, que Festus fit cette remarque mémorable : « Tu es fou, Paul ; ton grand savoir te fait perdre la tête. »  Actes 26 : 24, version de Jérusalem. Plus tard, l’apôtre écrira : « la prédication de la croix est une folie pour ceux qui périssent ; mais pour nous qui sommes sauvés, elle est une puissance de Dieu. »  1 Corinthiens 1 : 18 .

Les temps ont-ils vraiment changé ? Parler d’espérance dans le contexte mondial présent est une gageure. A moins d’être inconscient ou utopique, aborder le sujet relève presque de la provocation. Et pourtant, l’humain a besoin d’espérance. C’est l’or du pauvre. Ce n’est pas une simple coïncidence si les politiques s’en emparent pour faire accepter leurs projets. Les promesses pour eux ne coûtent rien…

 

Dans le contexte chrétien le sujet est d’importance. Il met en cause la crédibilité de la parole de Dieu et de son envoyé Jésus-Christ. Toute la démonstration de l’action de L’Eternel pour notre humanité n’a de sens, que si la finalité de son projet rejoint l’espérance.

Mais que recouvre cette notion ?  L’évangéliste Matthieu, reprenant une parole du prophète  Esaïe, nous dit : « en son nom (J-C) les nations mettront leur espérance » Matthieu 12 : 21. L’apôtre Paul nous rappellera que le référent en la matière est Abraham : « Espérant contre toute espérance, il crut et devint ainsi le père d'un grand nombre de peuples, selon la parole : telle sera ta descendance. »  Romains 4 : 18 , version TOB.

Pourquoi la Bible parle plus d’espérance que d’espoir ?  Si les deux notions sont très proches, l’espérance met davantage l’accent sur le sentiment de confiance (cf. grand Larousse 2015, p.460). Ce sentiment est au cœur de la relation de l’homme avec Dieu. Pour l’apôtre Paul, « l’espérance ne trompe point parce que l’amour de Dieu est répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné. » Romains 5 : 5. Comme nous le constatons l’espérance est directement en lien avec celui de l’amour. C’est la raison pour laquelle l’espérance fait référence à un projet.

 

Le grand désir de Dieu, révélé par toutes les paroles transmises aux Prophètes et Apôtres, est de rassembler ses enfants en sa présence, pour toujours. C’est cela la finalité de l’Espérance ! Etre avec ses créatures, comme des parents aiment être avec leurs enfants, dans la joie et la paix. Ce Dieu très présent, a le projet avoué de rassembler tous ceux et celles qui veulent être unis à lui. Sa création justifie ce projet. C’est pourquoi Dieu a tout préparé pour ce grand rendez-vous. Il ponctuera l’histoire de notre humanité d’une façon grandiose et éblouissante. C’est par Jésus-Christ que cette finalité s’accomplira. 

Ainsi, comme nous le disons souvent,  le message central de la Bible peut se résumer simplement par 3 formules verbales : Il va venir ; il est venu ; il reviendra.

Il va venir : C’est toute la beauté du message de l’attente messianique contenue dans l’Ancien Testament. Le Messie, l’envoyé de Dieu va venir.

Il est venu : C’est toute la force du témoignage des Apôtres et disciples de Jésus-Christ (contenu  dans le Nouveau Testament). Le Messie est bien reconnu en Jésus-Christ. Certes, il est mort, mais bien plus, il est ressuscité.

Il reviendra : C’est la bienheureuse et glorieuse espérance, qui depuis l’ascension du Christ en Galilée, a animé, et anime, encore et toujours, les chrétiens de tous les siècles. Jésus-Christ reviendra chercher les siens.

Cette Parole peut ne pas être prise en considération. Elle n’en demeure pas moins promesse engageante de la part de celui qui nous a donné des gages de confiance.

La folie de la chrétienté n’est-elle pas de recevoir cette annonce avec empressement ? Pourquoi croire en une seule Parole ? Jésus lui répond :

« Les paroles que moi je vous ai dites sont esprit et sont vie » Jean 6 : 63. Les écrivains du Livre ont confirmé : « la parole de Dieu est vivante et opérante » Hébreux 4 : 12

 

Développement :

 

Nous avons tous, qui que nous soyons, besoin d’espérance. Il faut espérer beaucoup pour entreprendre un peu. C’est un fait maintes fois avéré. Si nous sommes si craintifs et timorés, n’est-ce pas par peur d’être déçus ? Mais précisément, moins on espère vraiment, et plus on a de chance d’être déçus. Un engagement a minima est déjà en soi facteur de déceptions. Le grand poète français Alfred de Vigny avait raison de dire : « L’espérance est la plus grande de nos folies ». A vrai dire, on peut percevoir deux types d’espoirs. Il y a celui qui est propre à chacun,  un espoir de nécessité, une sorte d’espoir de confort, et il y a l’espoir qui va au-delà de la condition humaine, un espoir d’espérance. Il faut conserver l’un, et cultiver l’autre. Pourquoi aller au-delà du naturel, l’apôtre Paul répond : « L'homme laissé à sa seule nature n'accepte pas ce qui vient de l'Esprit de Dieu. C'est une folie pour lui… » 1 Corinthiens 2 : 14, version TOB.

 

Au soir de la crucifixion du Christ, un réel désarroi s’était emparé des disciples. Ils ont cru, que ce lien si fort et si charnel, serait brisé à tout jamais. En quelques instants, et certainement avec une certaine violence, l’absence de perspective dans leurs relations avec leur Seigneur et Maître, leur a fait ressentir l’appel du vide et du néant.

Alors, Jésus est intervenu pour combler ce vide. Il les a rassurés par une parole d’espérance. Cette parole motivante repose sur une promesse.  Elle a nourri les fidèles à travers les siècles.  Il s’agit de la promesse d’un retour.

 « Que votre cœur ne se trouble pas. Mettez votre foi en Dieu, mettez aussi votre foi en moi. Il y a beaucoup de demeures dans la maison de mon Père. Sinon, vous aurai-je dit que je vais vous préparer une place ?

Si donc je m’en vais vous préparer une place, je reviens vous prendre auprès de moi, pour que là où, moi, je suis, vous soyez, vous aussi... » Jean 14 : 1-3 , version la Nouvelle Bible Segond.

Cette phrase historique a réconforté les Apôtres, et avec eux, un immense peuple de chrétiens. Même si les disciples n’ont pas saisi, sur-le-champ, la portée d’une telle déclaration, elle a embelli leur quotidien après la Pentecôte.

La venue du Christ et sa mort n’ont de sens qu’à travers cette déclaration d’amour. Pour faire simple, le Seigneur nous assure qu’à aucun moment le lien d’amour qu’il a suscité, ne sera brisé. Il s’y engage. L’apôtre Paul confirmera cette réalité, déterminante en relation :

 « J’ai l’assurance que ni la mort ni la vie, ni les anges ni les dominations, ni les choses présentes ni les choses à venir, ni les puissances, ni la hauteur, ni la profondeur, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ notre Seigneur. » Romains 8 : 39

Le don de la vie du Christ est un gage de sérieux et de vérité. Sa parole fait partie de cette cohérente. Notons, le JE de cette affirmation de Paul. Il fait écho au JE du Christ. L’engagement personnel du Seigneur attend de notre part une réponse, tout aussi personnelle. Le beaucoup (ou nombreuses places), dans le texte de Jean, laisse entendre que ce n’est pas limitatif ; il y aura de la place pour tout le monde ! Qu’on se le dise !

 

Notons encore dans l’original plusieurs précisions intéressantes :

D’abord : je reviens, le verbe est au présent. Je reviens de suite dirions-nous aujourd’hui ! (cf. 2 Pierre 3 : 9). Pour tous ceux qui accueillent cette parole, le Christ vient dans leur vie. De même que la nature de Dieu s’est définie par un éternel présent : « Je suis celui qui suis » Exode 3 : 14, de même, la nature et la parole du Christ traduisent la même réalité. Sur un plan personnel, point n’est besoin d’attendre indéfiniment. Le Christ peut rejoindre notre présent. Quant à l’instant historique de son retour en gloire, à l’échelle de l’éternité, notre attente ne peut qu’être relative. L’important est de considérer que  l’affirmation du Seigneur est certaine. On  peut l’accueillir immédiatement…

Je vous prendrai auprès de moi-même. Jean qui a l’expérience d’une relation de proximité, écrit que nous serons auprès du Christ, comme Christ était auprès de Dieu. C’est la même formulation utilisée au début de son évangile. (cf. Jean 1 : 1

Pour que là, où, moi, je suis, vous soyez, vous aussi. Le, Je suis, rappelle tout le cœur de la révélation. Cela renforce la solennité de l’engagement du Seigneur. (Comparer avec Jean 4 : 26 ; 12 : 26)

Cette insistance du profond désir du Christ est assurément porteur d’espérance.

Le vide que les Apôtres ont tant redouté ne s’est pas produit. Ce vide que beaucoup redoutent, surtout après la mort, n’est donc pas à redouter. Dans une attitude pleine de compassion, le Seigneur a très vite rassuré ses disciples. Le miracle de la Pentecôte est venu renforcer cette vérité.

 

Ce message de l’espérance en son retour, a nourri la foi des ayant foi, à travers tous les siècles. Nous faisons partie de cette lignée de ceux et celles qui espèrent contre toute espérance. C’est la folie des amoureux. La folie qui défie le temps. La folie qui se vit dans une attente active et positive.  Cette folie se nourrit de la relation de confiance et d’amour.

« Christ, qui s’est offert une seule fois pour porter les péchés d’une multitude, apparaîtra une seconde fois, en dehors du péché, pour ceux qui l’attendent pour leur salut. » Hébreux 9 : 28

« Encore un peu, bien peu ! Et celui qui doit venir viendra ; il ne tardera pas. Or mon juste vivra en vertu de la foi. Mais s’il se retire, mon âme ne prend pas plaisir en lui. Quant à nous, nous ne sommes pas de ceux qui se retirent pour se perdre, mais de ceux qui ont la foi pour sauvegarder l’âme. » Hébreux 10 : 37-39

 

 

Pourquoi cette espérance peut être considérée comme une folie ? N’est-ce pas par son côté irrationnel ? Ne fait-elle pas appel à des sentiments qui font partie des perceptions personnelles ? Qui peut mesurer leur fiabilité ? L’espérance chrétienne relève de la foi et c’est pour cela qu’elle n’est pas contestable et qu’elle dérange.

« En effet, puisque le monde, par le moyen de la sagesse, n'a pas connu Dieu dans la sagesse de Dieu, c'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient… Mais nous, nous prêchons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les païens. »  1 Corinthiens 1 : 21, 23, version TOB

 

Le Christ revient donc pour régner et être avec ceux qui l’ont aimé. Chaque semaine, les chrétiens redisent la prière dominicale : «  que ton règne vienne ! » Matthieu 6 :10

La réponse qui fait écho aux soupirs de plus en plus forts de la chrétienté en marche, se trouve dans l’Apocalypse qui est, comme chacun sait, la révélation de Jésus-Christ. Dans le dernier chapitre et à trois reprises, il est écrit : «  Je viens bientôt » Apocalypse 22 : 7, 12,20

Oui ! Il vient bientôt ! Il viendra quand il l’aura décidé. La relation de confiance dans l’amour, ne suspecte pas le retard, bien au contraire. D’ailleurs, ce livre de l’Apocalypse ne nous révèle-t-il pas dans ses premiers chapitres, toute l’attention affective du Christ pour son Eglise à travers les temps ? Il marche au milieu des sept chandeliers, symbole de l’Eglise au sens large. Cela va de pair avec l’affirmation que le Seigneur avait jadis donnée, juste avant de quitter notre terre : « et voici, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde ». Matthieu 28 : 20

 

Cette glorieuse espérance, est donc l’aboutissement logique d’un processus de rassemblement de ceux et celles qui veulent réintégrer la grande bergerie universelle.

 

Quand on s’aime, n’a-t-on pas le désir d’être toujours en la présence de celui ou celle que l’on aime ?

Ce n’est donc pas par hasard, que nous trouvons plus de 300 références ayant trait au retour du Christ dans le Nouveau Testament ! Seules, l’épître aux Galates, celle à Philémon et la 2e et 3e de Jean n’en parlent pas.

Différents mots sont employés pour décrire toutes les variantes de cet évènement. Citons en quelques-unes : venue, retour, descente, parousie, épiphanie, manifestation, et des verbes comme apparaître, voir, etc...

Cette dynamique de l’espérance ne repose pas sur une phrase isolée, elle est présente dans tout le Nouveau Testament. C’est donc un thème majeur qui doit retenir notre attention. D’ailleurs, il a très tôt contribué à entretenir l’ardeur et la ferveur de l’église des premiers siècles. Et par la suite, il n’a jamais faibli. La salutation favorite des premiers chrétiens était Maranatha. (cf. 1 Corinthiens 16 : 22) Ce mot est une transcription d’une expression araméenne Marana  tha ou dans certains autres manuscrits, Maran atha qui signifie : le Seigneur est venu, ou le Seigneur vient,

 

ou Seigneur, viens !

Dans la Didachè, (copie des textes de l’enseignement des apôtres, retrouvés en 1875 à Constantinople) on retrouve la même expression. Elle ponctuait traditionnellement le service de la cène.

Cette glorieuse et merveilleuse espérance ne relève donc pas d’une simple curiosité intellectuelle, ni d’une utopie. Elle nous renvoie à notre responsabilité dans le choix que nous avons à faire, concernant notre présent, et notre avenir. Elle nous repositionne dans la relation à Dieu et à Jésus-Christ. Pour que le moment de la réalisation de cette grande promesse soit une fête pour le plus grand nombre, les auteurs du Nouveau Testament ont multiplié les recommandations bienveillantes :

 

Témoignage de Paul :      1 Thessaloniciens 3 : 8-13 ; 5 : 23,24.

Témoignage de Jean :      1 Jean 2 : 28, 3 : 1-3.

Témoignage de Jacques :  Jacques 5 : 7, 8,11.

Témoignage de Pierre :     1 Pierre 1 : 13-16 ; 2 Pierre 3 : 10-15a

Témoignage de Jude :       Jude 20, 21, 24,25.

 

Conclusion :

 

Cette merveilleuse grande et belle nouvelle de son retour doit être chère à notre cœur. Se positionner dans l’attente active et positive a des conséquences pratiques sur notre quotidien. Cela nous permet d’être en solidarité de cœur avec cette grande fresque des héros de la foi décrite dans Hébreux 11. Depuis Abel, jusqu’au temps des Juges avec Samuel, tous ont reconnu qu’ils étaient étrangers, et voyageurs sur la terre. Concrètement, cela induit de la part des chrétiens un double sentiment : s’impliquer au quotidien, là où nous sommes, mais aussi vivre un détachement par rapport aux vanités de ce monde. Tous ces héros de la foi sont tous morts dans l’attente du rétablissement d’un royaume éternel, lors de la résurrection des morts. (cf. Hébreux 11 :13,19)

 

Ces héros de la foi ont tout accepté, tout supporté, avec au fond de leur cœur, le désir d’entrer le plus tôt possible dans la réalité de cette glorieuse promesse. (cf. Hébreux 11 : 32-40). Alors comme dit l’écrivain de l’Epître :

« Puisque nous sommes environnés d’une si grande nuée de témoins, rejetons tout fardeau, et le péché qui nous enlace si facilement, et courons avec persévérance l’épreuve qui nous est proposée, les yeux fixés sur Jésus, qui est le pionnier de la foi et qui la porte à son accomplissement. » Hébreux 12 : 1-2a

Les conséquences de cette espérance dans notre vie de tous les jours, consistent à nous maintenir en marche, vers une destination céleste. Notre énergie doit être mobilisée pour dépasser nos préoccupations matérielles et nos réussites éphémères. S’ouvrir au registre de la foi, n’est-ce pas s’ouvrir à un horizon inconnu ? C’est la folie des amoureux… alors, soyons fous ! car cette espérance a les propriétés d’adoucir nos difficultés face aux déceptions, aux agressions, à la maladie, aux injustices, à la solitude et à la mort même. 

Bientôt nous vivrons la victoire de l’amour sur le mal, mais en attendant :

« Dans toutes ces choses, nous sommes plus que vainqueurs par celui qui nous a aimés. » (cf. Romains 8 : 37)  

 

                                                                                     Jacques Eychenne

 

 

 

 

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