Le bien-être et le plaisir

     Le bien-être

          et

     le plaisir

    Ephésiens

     3 : 16-19

 

Introduction :

 

Le bien-être inclut la notion de plaisir. Or, ce dernier est très souvent suspect dans le contexte spirituel de nos cultures occidentales. Pire, il est même  placé au banc  des accusés dans bien de  situations. Que faut-il donc en penser ? Comme souvent, tout dépend de ce que l’on met derrière les mots.

Le plaisir dont la Bible parle est celui que Dieu a voulu pour le bonheur de l’homme, au travers de tous ses sens. Il n’y a de réel plaisir que dans la perspective de l’harmonie. Le plaisir est une manifestation concrète de l’amour, il se vit dans l’harmonie. C’est quelque chose de subtil, d’indéfinissable, de profond, qui est à l’opposé de cette excitation, compulsive et irraisonnée, prônée dans notre monde occidental. Tout plaisir qui passe par une destruction de son propre corps, qui écorne l’honneur et le respect de l’autre,  est une perversion du plaisir. Quand le plaisir est décliné comme une fin en soi, alors il y a problème (cf. 2 Timothée 3 : 4). Mais quand on parle de l’amour de Dieu pour le genre humain, est-ce que nous y introduisons une notion positive de plaisir ? Que dit la Parole de Dieu à ce propos ?

 

Développement :

 

Dans le Deutéronome, livre qui, comme chacun sait, nous redit une deuxième fois la loi (expression positive de la pensée divine pour l’homme), nous voyons que toute la relation de Dieu avec l’homme avait pour finalité le  plaisir dans une certaine harmonie.

Ainsi, par exemple, chaque année, chaque responsable de famille devait manger avec les siens la dîme de tous les produits de la terre. C’était reconnaître que Dieu donne tout. Il devait le faire dans un lieu choisi par Dieu. Si le transport de cette dîme posait trop de problèmes de transport, on pouvait la transformer en argent pour acheter tout ce qui était nécessaire à la fête sur place, au lieu choisi par Dieu.

 

«  Là, tu achèteras avec l’argent tout ce que tu désireras, des bœufs, des brebis, du vin et des liqueurs fortes, tout ce qui te fera plaisir, tu mangeras devant l’Eternel, ton Dieu, et tu te réjouiras, toi et ta famille »  Deutéronome 14 : 26. La TOB traduit « tout ce qui te fera plaisir » par « …Tout ce dont vous aurez envie… »

 

Dans le texte Hébreu, il est parlé du désir de l’être. Il ressort donc de ce passage que la relation avec le Créateur contenait aussi le désir et le plaisir. Seules ces valeurs pouvaient donner sens à la fête célébrée en l’honneur de Dieu.                 

 

Observons aussi que dans le livre du lévitique, les principaux enseignements de Dieu étaient  pédagogiquement transmis par le lien festif. (Les grandes fêtes d’Israël avaient pour vocation de graver dans le conscient collectif tous les bienfaits de Dieu, Père du peuple. Choisir le moyen de la fête, pour graver dans le  cœur humain, les désirs de Dieu, n’est-ce pas une démarche d’amour ? Il est regrettable, que les cultes et homélies tellement solennels de nos cultures occidentales, ne laissent que rarement transparaître cette belle réalité si bonne à vivre...)

Dieu, si grand et si puissant, souhaite recevoir notre amour; c’est sa plus grande joie. En retour et en interaction, il dispose tout pour notre bonheur, dans la mesure où nous lui faisons confiance. Et tous nos sens sont en éveil et en joie.

 

«  Dieu prendra plaisir à ton bonheur » Deutéronome 30 : 9b

Non seulement la notion de plaisir fait partie du dessein de Dieu pour nous, mais elle est une aventure à vivre au quotidien. David l’a bien compris quand il s’exclame : « Heureux l’homme... qui trouve son plaisir dans la loi de l’Eternel, et qui la médite jour et nuit ! » Psaume 1 : 1,2  

Ailleurs, le psalmiste dira : « Quel autre ai-je au ciel que toi ? Et sur la terre je ne prends plaisir qu’en toi. » Psaumes 73 : 25. Littéralement en hébreu : « Et moi, avec toi, je prends plaisir… ». 

Bien sûr, ces affirmations relèvent de l’expérience personnelle, mais elles font partie de la joie du croyant, et cette joie réelle contamine toutes ses activités quotidiennes.

Sur un plan relationnel, si l’homme trouve son plaisir en Dieu, en prenant conscience que tout est don de sa part, Dieu manifeste aussi son plaisir dans l’observation du vécu des humains. Il précise même les attentes de son plaisir :

« Voici le jeûne auquel je prends plaisir : Détache les chaînes de la méchanceté, dénoue les liens de la servitude, renvoie libres les opprimés, que l’on rompe avec toute espèce de joug ; partage ton pain avec celui qui a faim, et fais entrer dans ta maison les malheureux sans asile ; si tu vois un homme nu, couvre-le, et ne te détourne pas de ton semblable. Alors ta lumière poindra comme l’aurore... Alors tu appelleras, et l’Eternel répondra ; tu crieras, et il dira : Me voici !... Alors tu mettras ton plaisir en l’Eternel et je te ferai monter sur les hauteurs du pays, je te ferai jouir de l’héritage de Jacob, ton père ». Esaïe 58 : 6-9,14 (Notons que dans le texte Hébreu au verset 14, il est parlé de délices et de plaisir). Le Christ reprendra ce thème dans son sermon sur la montagne. (cf. Luc 6 : 17-45)

Dieu trouve donc son plaisir en nous, quand il nous voit pratiquer le bien d’une façon désintéressée, quand nous sommes les acteurs déterminés pour dénouer les sacs de nœuds dans une relation d’aide, quand nous prenons résolument le parti de l’opprimé,(afin qu’il retrouve un espace de liberté pour assumer son devenir), quand nous sommes autour de nous des artisans de paix, quand le sens du partage des besoins vitaux nous habite pour les autres, quand nous sommes dans la volonté de protection de ceux qui n’ont rien, pas même un endroit où reposer leur tête, quand nous apportons une solution heureuse à ceux qui sont dans le plus total dénuement, quand nous n’esquivons pas notre responsabilité par des formules redites qui nous conviennent... (Il va sans dire que la démarche intègre prudence et clairvoyance).

 

Parmi les démonstrations les plus convaincantes de l’amour divin, soulignons celle-ci :   Dieu  trouve  son plaisir avec nous  malgré toutes les imperfections de nos comportements. Assurément, il faut qu’il ait beaucoup de compassion pour nous, car la réalité de nos pratiques du bien est souvent décevante. Et pourtant, Dieu continue à investir dans la confiance, en agissant par amour dans chacune de nos vies.

 

Le prophète Michée avait raison de dire :

« Quel Dieu t’égale (Seigneur), toi qui pardonnes les iniquités, qui fais grâce aux offenses commises par les débris de ton héritage ? Toi qui ne gardes pas à jamais ta colère, parce que tu te complais dans la bienveillance ? Oui, tu nous reprendras en pitié, tu étoufferas nos iniquités, tu plongeras tous nos péchés dans les profondeurs de la mer. Tu témoigneras à Jacob la fidélité, à Abraham la bienveillance, que tu as jurées à nos pères dès les premiers âges ». Version du Rabbinat français. Michée 7 : 18-20 (Littéralement en hébreu : « Il prend plaisir à la fidélité… » Le début de cette phrase est un jeu de mots avec le nom même du prophète qui signifie : «  qui t’égale ou qui est semblable à Dieu ». Ces versets sont lus encore chaque année dans les synagogues le jour des expiations. Petite anecdote significative : Encore de nos jours, les Juifs pieux orthodoxes se rendent près d’un cours d’eau et vident symboliquement leurs poches comme pour signifier que leurs péchés sont emportés dans le courant d’eau.) IL est vrai que la bonté de Dieu nous couvre de toute  part. Elle nous émeut. Puisse ce plaisir de Dieu être contagieux dans nos vies !

Notre Seigneur Jésus a manifesté lui aussi les mêmes sentiments : «  Je prends plaisir à la miséricorde et non aux sacrifices. Car je ne suis pas venu appeler des justes mais des pécheurs » Matthieu 9 : 10-13.  Si le Seigneur ne prend pas plaisir aux sacrifices, c’est certainement pour briser ce penchant récurrent de marchander sa miséricorde par des œuvres méritoires. L’amour se donne, il ne s’achète pas. 

Dieu veut nous partager son plaisir.

 

« Car je connais les projets que j'ai formés sur vous, dit l'Éternel, projets de paix et non de malheur, afin de vous donner un avenir et de l'espérance. » Jérémie 29 : 11.

Pour entrer dans ce bon projet, point d’artifices, il nous suffit d’être dans le vrai et l’authentique. En d’autres termes, allons à lui tel que nous sommes en accueillant son amour (cf. Matthieu 11 : 28).

«  Fais de l’Eternel tes délices et il te donnera ce que ton cœur désire ». Psaume  37 : 4

Le désir et le plaisir font partie d’une relation harmonieuse, que ce soit dans notre relation à Dieu ou à notre prochain. Ils nous aident à étayer les points forts de nos personnalités. Ce plaisir passe aussi par la mise en éveil de tous nos sens. Tout notre être (physique, mental, émotionnel, spirituel) est appelé à partager ce qui nous vient de Dieu et du prochain. Il faut apprendre à se laisser envahir par l’amour de Dieu. Lui seul peut combler les défaillances de nos niches affectives. Lui seul peut faire revivre la notion épanouissante du plaisir et de la joie en toutes circonstances. La définition simple du bonheur peut être là.  Entendre, voir, toucher, goûter, sentir, tous nos sens sont présents dans une relation à Dieu. La Bible en témoigne. Voici quelques exemples : (cf. Entendre : 1 Jean 1 : 1-4, Luc 2 : 20 ; Voir : 1 Jean 1 : 1-4 ; 2 Pierre 1 : 16-18 ; Toucher : Luc 24 : 39 ;  8 : 43-4 ; Goûter : 1 Pierre 2 : 3 ;  hébreux 6 : 4,6 ; Sentir : Psaume  34 : 9)

 

C’est Vauvenargues, cet écrivain français qui réhabilitant l’homme contre l’esprit de salon de son temps écrivait : «  La plus grande perfection de l’âme est d’être capable de plaisir » (cf. Réflexions et maximes, 546, 1746)

 

Si nous rappelons que le plaisir ne peut se vivre que dans l’harmonie, le respect et l’amour, le plaisir devient un acteur important de notre quotidien au travers de mille petites choses.  

La Bible présente la caractéristique d’une vision holistique du bien-être. Il est propre à chacun et chacune. Ce qui perturbe souvent cette vision positive, c’est le besoin récurrent de comparer, et de se comparer. Si notre esprit est enclin à comparer, il sera inévitablement perturbé par la nécessité, du toujours plus ou du toujours mieux. Ce phénomène est amplifié par la publicité, les médias, le reflexe compulsif de consommation… Cet état d’esprit génère immanquablement l’insatisfaction. La vision qui se décline dans la Révélation Ecrite, sort de ce cadre pesant. Les canons de la beauté ne définissent jamais la qualité de l’être. Aimer ce n’est plus comparer. L’amour inspiré par Dieu permet d’échapper au péril des rivalités et des jugements rapides. Chaque être humain a une valeur en lui-même. Le regard bienveillant porté par le Christ sur l’humain est de nature à nous encourager à chercher en l’autre le meilleur plutôt que de souligner le pire. Parce que l’amour n’est pas quantifiable, il ne disqualifie personne. Le Christ n’a pas été attiré par les personnages les plus brillants, les plus parfaits, mais par ceux qui étaient au clair sur leurs faiblesses, les humbles, les simples.  Ils étaient pénétrés d’une sagesse naturelle comme l’empereur romain Marc-Aurèle a pu l’écrire : « En te levant le matin, rappelle-toi combien précieux est le privilège de vivre, de respirer, d’être heureux ». Vivre l’amour annihile le besoin de se comparer. Nietzsche, reprenant une maxime qu’il attribue à Pindare, déclare « Deviens ce que tu es ». Le Seigneur a montré que le cœur qui aime accepte tout de l’autre, y compris ses faiblesses pour les transformer en attachement unique. (N’est-ce pas le principe du charme ?)

 

Le bien-être dans une satisfaction de plaisir a été expérimenté concrètement par Pierre, Jacques et Jean, sur la montagne de la transfiguration. Pierre émerveillé par ce qu’il voyait et entendait, a vécu cette sublime émotion. Il s’est écrié : «  Seigneur il est bon d’être ici » Matthieu 17 : 1-5. De là à proposer de rester plus longtemps pour prolonger l’instant, il n’y avait qu’un tout petit pas. Et Pierre, comme à son habitude, l’a franchi sans hésiter.

Si notre esprit est centré sur la recherche de ces moments de qualité, ces fragments de bonheur, ces étincelles d’éternité, alors le vrai plaisir sera au rendez-vous. Tout ce qui donne du sens à la relation à l’autre nous enrichira. « Approchons-nous donc avec un cœur droit et dans la plénitude de la foi… »  Hébreux 10 : 22, version TOB. L’apôtre Paul recommandera l’harmonie de l’être par ces mots :

« que Dieu vous donne, selon la richesse de sa gloire, d'être puissamment fortifiés par son Esprit dans l'homme intérieur, en sorte que Christ habite dans vos cœurs par la foi; afin qu'étant enracinés et fondés dans l'amour, vous puissiez comprendre avec tous les saints quelle est la largeur, la longueur, la profondeur et la hauteur, et connaître l'amour de Christ, qui surpasse toute connaissance, en sorte que vous soyez remplis jusqu'à toute la plénitude de

 

Dieu. »  Ephésiens 3 : 16-19. (Plénitude=  πλήρωμα = fait d’être rempli, signe de l’accomplissement de l’être)

C’est pour cela que Dieu manifeste constamment son désir de nous rencontrer. Toutes les fabuleuses rencontres que nous conte la Bible, sont là pour susciter en nous le désir de les vivre. Pour entrer dans cet espace de désir et de plaisir, il faut qu’il y ait, volonté de rencontre. A fortiori aussi dans la relation humaine...

 

Conclusion :

 

La Bible met en évidence le besoin de rencontre. Nous ne sommes pas faits pour vivre seuls, mais en relation : relation avec Dieu et avec le prochain. Pour que cette rencontre ait du sens, il est nécessaire qu’elle englobe dans son processus, les notions de désir et de plaisir, sinon elle risque d’être mal posée (un chrétien triste est un triste chrétien). Implicitement cela sous-tend une certaine confiance en soi, et une vision positive de l’avenir. Si nous sommes le plus souvent dans la crainte de prendre une initiative par peur de décevoir, nous aurons toujours tendance à nous sentir coupables de ne pas avoir été à la hauteur des attentes des autres. Il y a une énorme différence entre le besoin impératif de plaire à tout prix et contribuer réellement au bonheur de l’autre.  Dans ce contexte l’apôtre Jean a raison de dire : «  La crainte n’est pas dans l’amour, mais l’amour parfait bannit la crainte ; car la crainte suppose un châtiment, et celui qui craint n’est pas parfait dans l’amour ». 1 Jean 4 : 18

Pour être dans le bon sens du désir et du plaisir en relation, il faut bannir de son vocabulaire (et c’est un combat de tous les instants) les : « je dois », « il faut », «  je suis obligé », « je n’ai pas le choix » etc. Lorsque nous sommes coupés du désir et du plaisir, nous nous coupons de nos vrais besoins, nous nous mettons dès lors en danger. Il faut cultiver de la bienveillance d’abord pour soi, avant de la manifester à notre entourage.

Puisse nos choix être motivés par le désir et le plaisir de construire nos vies dans une relation pleine de promesses avec Dieu et notre prochain.  De même, cette notion de plaisir fait référence au sens de la responsabilité. Le plaisir ne peut être vécu au détriment des autres. Dieu a voulu qu’il soit source de joie, mais aussi de partage ; n’en faisons pas une source polluée ou l’ego domine et se sert de l’autre par pur intérêt. Le plaisir d’être en phase avec quelqu’un, de se sentir bien en sa présence, est un cadeau de Dieu. Dieu a tout disposé pour notre bonheur. Ce grand plaisir de la vie nous interpelle. A nous de savoir comment nous voulons le vivre !

Que nos vies aient la joie du désir, le parfum du plaisir et le bonheur d’être vrai avec Dieu et tous ceux et celles qui seront sur notre route.                        

                                                                                     Jacques  Eychenne

A méditer : Jean 3 : 29 ; 4 : 36 ; 8 : 56                              

 

                                                                               

 

 

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